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Critiques / Opéra & Classique

Das Rheingold de Richard Wagner

par Caroline Alexander

Le ring comme une BD en 3D

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Sans son Ring des Nibelungen, la mythique Tétralogie wagnérienne, une maison d’opéra n’est pas une maison d’opéra. Ainsi le veut la mode de ces dernières années, car si ces seize heures de musique en quatre soirées représentent un gros investissement, il rapporte également gros. Dès l’annonce d’un Ring, les places s’arrachent.

Des yeux d’enfant

A Strasbourg, l’Opéra National du Rhin ne l’avait plus mis à l’affiche depuis plus d’un demi siècle. Ce fut chose faite enfin le 14 février dernier avec la première de Das Rheingold/l’Or du Rhin, prologue des trois journées qui s’étageront sur les trois années à venir. Après Wieland Wagner qui fut le premier à dépoussiérer l’ouvrage dans les années cinquante, après Patrice Chéreau qui en réalisa une production devenue mythique, après Pierre Strosser, Bob Wilson et Stéphane Brauschweig pour ne citer que les plus récentes en France, c’est un Ecossais de 40 ans qui vient de prendre la barre du titanesque paquebot. David McVicar s’est fait connaître chez nous par une jolie suite de mises en scènes aussi réjouissantes qu’iconoclastes d’œuvres de Haendel, Monteverdi ou Mozart. Sa mise en scène du Ring constitue sa première rencontre avec Wagner, dont il n’appréciait guère la musique dans ses jeunes années. Il l’aborde avec, pourrait-on dire, des yeux d’enfant. Une sorte de premier degré d’une fable qui commencerait par « Il était une fois » et raconterait une histoire de chasse au trésor, de dieux, de géants et de monstres.

La carte du merveilleux

Exit les interprétations sociales ou philosophiques qui ont guidé la plupart des lectures ou partis pris récents. Nous voilà propulsés dans un royaume d’imageries et d’imaginaire, une BD en 3D, dans un astucieux décor de plans suspendus dans le vide, l’un incurvé comme un toboggan, l’autre planant comme un astre, se transformant au gré des lumières et des actions. Des danseurs acrobates descendent des cintres, comme l’incroyable homme-liane qu’est.le chorégraphe David Greeves métamorphosé en lingot d’or volant. McVicar joue la carte du merveilleux, grâce à de jolis tours d’illusionniste, avec paillettes tombant en pluie,’apparition/disparition grâce au heaume magique, avec le ballet des Nibelungen, nains esclaves aux têtes démesurées au-dessus des petites jambes grêles d’enfants choristes des Petits Chanteurs de Strasbourg…Les costumes des principaux personnages effectuent une sorte de tour du monde ethnique et folklorique, samouraï japonais, guerrier du Nil, indiens trappeurs, madone sortie d’une icône médiévale, et, en vedette, un Loge en costume flamboyant, transformé en Shiva aux bras multiples papillonnant comme des flammes… ce qui vaut à son interprète , l’excellent ténor allemand Hans Ablinger-Sperrhacke les mérites d’un morceau de bravoure enlevé avec panache et humour.

Le magnétisme d’un beau timbre de contralto

Les grotesques l’emportent d’ailleurs sur l’ensemble de la distribution avec notamment l’Alberich déchaîné et concupiscent du baryton basse Oleg Bryjak. Le Wotan de Jason Howard n’emporte pas le même succès, trop pâle, et de voix et de présence, ce qui, pour ce dieu affairiste redoutable apparaît comme un contre sens. Hanne Fischer campe une Fricka aux allures de soubrette, Erda trouve en Alexandra Kloose le magnétisme d’un beau timbre de contralto. L’ensemble devrait amuser, faire rire, mais les plaisirs ludiques de la mise en scène sont gâchés par une direction d’orchestre d’un grand ennui, le chef Günter Neuhold que l’on a connu bien mieux inspiré, se révélant incapable d’insuffler aux instrumentistes de la Philharmonique de Strasbourg, les cordes comme les bois ou les cuivres, l’alchimie sonore de cette partition aux multiples couleurs où naissent les leitmotivs qui vont habiller de bout en bout l’ensemble les journées à venir de la Tétralogie.


Das Rheingold de Richard Wagner, Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction Günter Neuhold, mise en scène David McVicar, décors et costumes Rae Smith, masques Vicky Hallam, lumières Paule Constable, chorégraphie Andrew George, chorégraphe aérien David Greeves, illusionniste Paul Kieve. Avec Jason Howard, Julian Tovey, Carsten Suess, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Oleg Bryjak, Colin Judson, Clibe Bayley, Günther Groïssböck, Hanne Fisher, Anna Peterson, Alexandra Kloose, Cécile de Boever, Susanne Rein hard, Sylvie Altaparro et les Petits Chanteurs de Strasbourg.
Opéra National du Rhin : à Strasbourg les 14,24,27 février à 20h, le 18 à 15h, le 1ermars à 20h – 03 88 75 48 23 – à La Filature de Mulhouse le 9 mars à 20h et le 11 mars à 15h – 03 89 36 28 28

Photos : Alain KAISER

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