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Critiques / Théâtre

Dali Folie

par Jacky Viallon

Daligomanie

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Bien que le sous-titre du spectacle présente le parti pris d’une comédie musicale qui joue de la paranoïa et de la mégalomanie de Salvador Dali, on aurait peut-être souhaité un personnage moins exubérant et moins prétentieux. Il est vrai que malgré tout le talent pictural qu’on lui connaît, Dali, sans son excentricité, ressemblerait à un coq déplumé. Cependant, le coq nous agace quelque peu. Heureusement, un beau moment de sincérité nous réconcilie avec le personnage. Un émouvant passage où il rend hommage à la cruelle disparition de notre cher Frederico Garcia Lorca. Mis à part cette restriction, l‘ensemble nous offre un spectacle agréable et pétillant. Bon divertissement de fin d’année pour un public familial. On peut effectivement le voir avec ses enfants, ce montage aux vertus pédagogiques certaines, d’autant plus que, contrairement à l‘image du personnage central, les différentes séquences sont amenées sans prétention et en toute légèreté. De bien heureuses scènes esthétiques vont, et c’est inévitable, chercher leurs sources dans l’univers surréaliste de l’époque contemporaine de Dali.

Des dialogues décalés et saugrenus

On retrouve, avec le plaisir de l’œil, des références à Magritte, Ernst et d’autres peintres de la même appartenance esthétique. Il y a - et ce n’est pas toujours évident - une bonne intégration de l’œuvre picturale de Dali dans cet ensemble musical et chorégraphié. Notons aussi des jeux de costumes qui amusent par leurs audaces prothèsoiformes. Parfois ils se transforment et se gondolent à la manière des fameuses montres molles. Toutes ces fantaisies permettent d’inclure des réflexions et des dialogues décalés et saugrenus. Bien sûr, on pourrait être plus pertinent à l’égard des différentes prises de position de Dali, notamment quant à sa rencontre avec les surréalistes, mais le cadran du plateau n’est pas à l’heure de la gravité littéraire ou politique.

Exhibitionnisme exacerbé

Ainsi, avec un peu de recul, on regrette presque que le spectacle s’installe constamment dans le registre du divertissement. Même si les affaires ludiques sont promptement menées par l’acteur Stéphane Roche qui campe, dans la direction proposée, un Dali d’une parfaite conviction. En revanche, il aurait été plus efficace de ne pas le contraindre à reproduire l’accent du peintre qui surligne son exhibitionnisme exacerbé. C’est probablement conscient de la part du metteur en scène. En ce cas, cela nous renvoie inévitablement à toute la contradiction que nous éprouvons par rapport à la personnalité de Dali : un homme qui nous agace par son égocentrisme, son nombrilisme hyper opportuniste et une œuvre picturale grandiose et hallucinatoire qui peint notre éventuelle apocalypse. Ce en quoi, il y aurait quelque part, non pas du rêve, mais du cauchemar éveillé. Toujours est-il que l’on sort de là amusé et diverti. Dehors il pleut, les portes des cars de CRS font la gueule et les portiers des grands hôtels de luxe font mine d’être heureux, en partageant congratuleusement la misère des riches...

Dali Folie, Espace Pierre Cardin, du mardi au samedi à 20 h 30, le dimanche 15h 30 jusqu’au 15 janvier 2005. Tél : 01 42 65 27 35.

Photo : Jérôme Faggiano

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