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Critiques / Danse

Canis Lupus (L’anatomie du Loup ) de Marc Thiriet

par Jacky Viallon

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Puisqu’il y a dans cette performance dansée une sorte d’hommage à Francis Bacon on peut citer avec plaisir cette réflexion qu’il livre à Maiten Bouisset pour le journal le Matin du 19 janvier 1984. Cet exergue sera judicieusement repris pour la première de couverture du Petit Journal de l’exposition « Francis Bacon » au centre Georges Pompidou de juin à octobre 1996 :
« Je fais des images et à travers ces images, je tente de piéger la réalité. Le problème avec le réalisme, en tout cas celui qui m’intéresse, c’est d’échapper à cette forme de réalisme primaire qui est purement illustratif . En art il n’y a rien de plus ennuyeux que de ramasser au maximum la réalité » .

Si tel était le contrat moral que s’était fixé le chorégraphe entre lui-même et la mémoire du peintre, la démonstration est pleinement réussie car en aucun cas on ressent de cette chorégraphie la moindre complaisance.
Ici le corps n’est plus que matière. Dans notre mental, nous en oublions les détails : bras, jambes et autres dépendances de l’ordre du charnel, pour ne prendre en compte que l’ensemble de la sculpture humaine. Matériau inattendu mobile et malléable.

Bien sûr, on pourrait aussi penser au stoïcisme silencieux d’un Bourdelle ou d’un Rodin. Il y a cependant une telle énergie et une telle vélocité que l’ensemble du tableau (Bien que les images soient volontairement proches du sol ) est illusoirement beaucoup trop aérien pour pouvoir s’imprimer dans cette éventuelle lecture-là.

Alors pourquoi la cite-t-on ? Et bien pour démontrer que les créateurs ne sont pas tombés dans le convenu tout couru.
Ce qui est remarquable et ce, malgré la difficulté à se maintenir personnellement en état d’alerte intelligente durant « la pièce » c’est qu’il n’y a pas d’intention explicative derrière ses élans ou ces retenues d’esquisses corporelles, lesquelles tels de multiples tracés au fusain s’effaceront dans un travail d’éclairage finement ciselé. Aussi, le tout dans son ensemble est tellement compact, fondu et confondu dans une harmonieuse et excessive volonté de cohésion que, à la faveur de leur grande modestie les danseurs ne sont plus que matière, voire matériau/masse appartenant intégralement comme une incrustation à l’ensemble de l’espace-matière.

Tant est si bien que même dans ses solos, le danseur pourtant isolé semble être encor ( en-corps) généreusement dépendant des autres danseurs et qu’il existe une réelle alternative entre les éléments. Le groupe semble aussi avoir réfléchi sur les intentions de F.Bacon, car il soutiendrait ce qui vient de se produire sur le plateau : « Je ne construis pas l‘espace ou la scène, puis la figure. Je vais de l’un à l’autre . La structure du fond appelle telle position du corps ou réciproquement. C’est dans ce va et vient permanent que la force de l’un entraîne la force de l’autre ».

C’est vrai qu’il y a dans ce travail dansé une force contenue et à la fois une sorte de fluidité maîtrisée qui fait la richesse de ce spectacle en présentant une œuvre, dans son genre, pleinement aboutie dans sa démarche et sa réalisation.

On peut aussi ne pas être sensible à ce genre de rigueur de plateau ou être attaché à une danse plus académique mais ces expériences-là sont nécessaires pour faire avance la recherche et dépoussiérer certains types d’expressions artistiques. C’est ce travail de risque-tout et de casse-cou qui fera les artistes de demain. Il faut donc encourager ce genre d’expérience et pour vous donner un argument à quatre sous : vous pouvez tenter le risque puisque la durée n’est que de 50 minutes. De plus, il est fortement souhaitable de suivre le Théâtre Daniel Sorano de Vincennes dans sa démarche de programmation. C’est un théâtre qui sait harmoniser ses propositions de l’expérimental au classique sachant et tentant de faire glisser les goûts et les apriorismes d’un public varié dont il se fait humblement le devoir d’agir envers comme une sorte de mentor. Merci pour cette expérience.

« Canis Lupus » ( L’anatomie du loup ) Chorégraphie : Marc Thiriet. Musique : Phillip Peris, Guillaume Feyler. Lumières : Jean Claude Espardeilla. Costumes : Sandrine Tabel, Marie-Anne Nony.
Avec Marc Thiriet, Julie Barbier ou Fanny Coulm, Guillaume Feyler, Phillip Peris, Cathy Testa.
Théâtre Daniel Sorano, 16 rue Charles Pathé. Vincennes. Jusqu’au 7 Avril à 20 h 45 du Jeudi au Samedi. Reserv. 01 43 74 73 74 .

Photos : Luc Duverger

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