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Critiques / Danse

Body and Soul de Crystal Pite

par Noël Tinazzi

La dialectique chorégraphiée de l’un et du multiple

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L’Opéra de Paris reprend au Palais Garnier Body and Soul, de Crystal Pite, qui y avait été créé avec succès en octobre 2019 (https://www.webtheatre.fr/Body-and-Soul-de-Crystal-Pite). Cette deuxième pièce de la chorégraphe canadienne pour l’institution parisienne aborde le thème du deuil et met en scène les pulsions contraires qui mettent en tension l’unité de chacun et l’opposition entre les individus à l’intérieur d’une foule en apparence homogène.

Sous la lumière sinistre d’un plafonnier, dans une pénombre mystérieuse, le ballet en trois actes convoque un effectif impressionnant d’une quarantaine de danseurs vêtus d’austères costumes en noir et blanc. Le spectacle progresse selon un crescendo dramatique sous-tendu par la dialectique du conflit et de la communion, ponctué par des duos entre deux individus, entre deux groupes et, à l’intérieur même des êtres, entre le corps et l’âme (comme l’indique le titre de la pièce).

Le rideau se lève sur un duo de danseurs nommés « Figure 1 » et « Figure 2 » dont les mouvements sont commandés par la voix off de la comédienne Marina Hands qui dit d’un ton très neutre un texte leur enjoignant d’accomplir tel ou tel geste, comme le ferait une marionnettiste. Le duo originel évolue ensuite en foule compacte, en essaim vibrionnant qui s’anime au rythme des Préludes de Chopin et d’une musique originale électronique de Owen Belton, sorte de houle sonore en phase avec la houle des danseurs. Chacun semble mû par un scénario qui ne lui appartient pas. Mais à coup de variations, confrontations et oppositions, la chorégraphie aboutit parfois à renverser les rôles : ceux qui tirent les ficelles ne sont pas ceux que l’on croit.

Tension vitale

Quoique très cérébral dans son propos, le ballet met à jour une tension vitale qui culmine au dernier acte où la chorégraphe confronte l’humanité à ses doubles : une colonie de créatures fantastiques, insectes ou bactéries couverts d’une carapace aux reflets métalliques, dotés de pinces terminant leurs membres supérieurs. A moins qu’il n’agisse d’une représentation des archétypes de notre inconscient. Dans un décor minéral du plus bel effet, ce fourmillement très ordonné prend une forme d’autant plus spectaculaire que bondit soudain au milieu des danseurs un être très chevelu, sorte de chamane ou de démiurge dont l’énergie semble inépuisable.

Réglé comme une mécanique implacable et néanmoins plein de surprises avec des figures rien moins que convenues, le ballet requiert une précision, une vélocité, une plasticité sidérantes. Ce dont s’acquitte avec une vitalité sans faille toute la troupe du ballet de l’Opéra de Paris.

"Body and Soul". Opéra Garnier Paris jusqu’au 20 février, www.operadeparis.fr. Avec les premiers danseurs et le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris. Chorégraphie et texte : Crystal Pite. Voix : Marina Hands. Musique Originale : Owen Belton. Musique Additionnelle : Frédéric Chopin ("Préludes") et Teddy Geiger ("Body and Soul"). Scénographie : Jay Gower Taylor. Costumes : Nancy Bryant. Lumières : Tom Visser.
Photo : Julien Benhamou

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