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Critiques / Théâtre

Blancs

par Jacky Viallon

Performances scénographiques

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Les expériences théâtrales mêlant les performances esthétiques et l’écriture sont bien rares. Voici une présentation tout à fait unique qui se produit actuellement au théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes. Non seulement il y a une originalité quant à l’occupation de l’espace et la répartition de la scénographie sur trois dimensions, mais il y a une inscription judicieuse et étonnante du comédien dans ce type de démonstration. Par la justesse de la circulation entre les acteurs, le texte et les dispositifs esthétiques, nous sommes en face d’une performance troublante, intelligente et superbement efficace dans son impact théâtral.
Concrètement, il s’agit de trois pièces courtes. La première, Ma Solange comment t’écrire mon désastre, Alex Roux, de Noëlle Renaude, est une mise en scène collective de la troupe du Théâtre des Treize Vents. Elle est fort bien réussie, puisqu’on est rapidement sensible à l’efficacité de ce texte incisif et à l’inscription des comédiens dans l’espace. Chaque personnage est enfermé, debout devant nous, dans une sorte de grand présentoir transparent, identique à ceux des musées modernes. Le corps et la voix sont ainsi " exposés" Le texte est livré sous forme de jaillissements excessivement contrôlés. Les exaspérantes expériences habituellement criardes et gratuites nous sont donc épargnées.

La déambulation de trois personnages

À la fin de cette première présentation, le public est convié à rejoindre un autre lieu tout de blanc tendu. Il s’agit cette fois du texte incongru et surprenant d’Emmanuel Darley, Clandestin. Devant une sorte de couloir ouvert à vue, face à nous, on assiste à la déambulation de trois personnages aux prises avec un parcours et une urgence à sortir de cet espace. Bien que blanc, ce dernier peut apparaître oppressant ou obsessionnel : il n’en est pas mois accaparant. Ici, le texte est plus qu’économe : souvent les mots inachevés et abandonnés sont complétés intérieurement par le spectateur qui en saisit très vite les codes. C’est d’autant plus remarquable que face à cette "hachuration" verbale saccadée et presque incomplète, on propose aux comédiens des déplacements glissés, ouverts, qui s’offrent dans une facilité et une vélocité déconcertante. On peut parler pour ce fragment d’une réelle dynamique entre le texte, la scénographie et le jeu dramatique.

Une ambiance de rêve et de flottement

Quant à Dors mon petit enfant, de John Fosse, la troisième pièce, elle finalise le spectacle dans une ambiance de rêve et de flottement. Nous sommes au-dessus d’une sorte d’immense bac embrumé et nuageux. Des clowns légers, perdus et aériens, y plongent et y replongent, comme pour aller nous chercher dans les limbes opaques et blancs des fragments de nos anciennes déchirures. Les comédiens semblent nous caresser comme des papillons tant leurs voix et leurs gestes sont rassurants et légers. Mais à travers tout ce blanc et cette apparente tranquillité, on ressent la profonde inquiétude de l’homme et dans ce bac à rêves on ramène inconsciemment à la surface de sa mémoire toute la violence cachée du monde. L’ensemble de ce triptyque dominé par le blanc, la pureté des lignes et la mobilité rigoureuse mais fluide des comédiens nous offre discrètement et insensiblement un spectacle de réflexion qui glisse agréablement en nous. Il se démarque des provocations agressives et convenues qui encombrent prétentieusement les plateaux de nos tréteaux contemporains.

Blancs, de Noëlle Renaude, Emmanuel Darley, Jon Fosse. Mise en scène : Jean-Claude Fall, collectif troupe du Théâtre des Treize Vents, scénographie : Gérard Didier avec Renaud-Marie Le Blanc, Roxane Borgna, Fanny Rudelle, Christel Touret, Fouad Dekkiche, Babacar M’baye Fall, Luc Sabot, Isabelle Fürst. Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes. Jusqu’au 22 mai 2005, mardi, mercredi, vendredi, samedi 20h30, Jeudi 19h30 et dimanche 16h. Renseignements : 01 43 28 36 36.

Photo de Marc Ginot pour le spectacle Dors mon petit enfant

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