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Critiques / Opéra & Classique

Béatrice et Bénédict de Hector Berlioz

par Caroline Alexander

Berlioz entre Guignol et les Monty Python

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L’événement est double : l’Opéra Comique affiche Béatrice et Bénédict de Berlioz, sa dernière œuvre si rarement présentée en version scénique et en assure une retransmission par satellite en haute définition et son 5.1, qui sera visible, le jeudi 4 mars à 20h dans une cinquantaine de salles de cinéma en France et en Europe. Les spectateurs du grand écran pourront apprécier en gros plans et en couleurs les tronches peinturlurées et le jeu de marionnettes auquel le metteur en scène anglais Dan Jemmett a soumis les personnages de cette petite comédie amoureuse si délicieusement mis en musique par le compositeur des Troyens et de la Symphonie Fantastique.

Ainsi donc, après The Fairy Queen de Purcell inspiré du Songe d’un nuit d’été de Shakespeare (voir webthea du 18 janvier 2010) le même grand Will reprend pied sur la scène de l’Opéra Comique, histoire sans doute de reprendre ses droits sur ce Béatrice et Bénédict que Berlioz piqua à son Much ado about nothing/Beaucoup de bruit pour rien. Mais après l’enchantement du premier, le second désenchante. L’un restituait une forme de théâtre total d’une parfaite cohérence, l’autre pratique un collage artificiel qui le dénature.

L’unique opéra comique de Berlioz constitue, il est vrai, un drôle de casse-tête à mettre en scène si bien qu’on l’entend le plus souvent en version de concert. Ni adaptation, ni traduction, le livret signé du compositeur est médiocre. L’idée de départ - comment transformer un couple qui se déteste en un couple qui s’adore – se développe chez Shakespeare à travers une cascade de subterfuges, de rebondissements et de travestissements où s’ébrouent près d’une vingtaine de personnages. Berlioz en garde moins de la moitié et réduit leur sarabande de quiproquos au fil tenu d’un petit vaudeville sans cocus. Autant dire que seule compte sa musique, son inspiration d’orfèvre ciselant les airs, les faisant bondir sur des nuages et des sourires « mélan-comiques »…

Les décalages de l’humour anglais naviguent à contre courant

Dan Jemmett est né au milieu des marionnettes qui furent sa première passion. Il y puisa l’énergie, la liberté et la fantaisie de son métier de metteur en scène qui nous valut à Paris quelques jolies surprises – sans marionnettes - (Shake d’après La Nuit des Rois, Ubu Roi, la Grande Magie). Pour ce Berlioz de riante maturité il revient à ses marottes d’adolescent et se trompe de castelet. Entre Guignol et les Monty Python les décalages de l’humour anglais - le « very british humor » - naviguent à contre courant.

En guise de coup de chapeau à l’inspirateur de la comédie, Dan Jemmett invente Alberto, marionnettiste chenu, tireur de ficelles et porte-parole de Shakespeare dont il lit des bouts de textes en anglais. Un personnage de trop. Qui, malgré son agitation ne réussit pas à justifier la métamorphose des vrais personnages en poupées désarticulées et grimées.

Difficile pour les interprètes, dans ces ballets de saccades et de gestuelle codée de jouer en émotion le jeu parlé et chanté de cet opéra comique dont le principal ressort est une histoire de cœurs. Sans éclat particulier la distribution – presque entièrement anglo-saxonne - est d’une vaillante homogénéité d’où se détachent la contralto Elodie Méchain dans le rôle secondaire d’Ursule et le vétéran Michel Trempont en Somarone, le meneur de jeu de Berlioz. Christine Rice/Béatrice manque de legato, mais son timbre a de belles couleurs, Allan Clayton qui fut il y a tout juste un an un magnifique Albert Herring (voir webthea du 1er mars 2009) s’empare du personnage de Bénédict avec aplomb et humour. Les sublimes duos et trios gardent tout leur impact de charme. L’acoustique de la fosse, trop sonore, joue une fois de plus de méchants tours à l’orchestre, la Chambre Philharmonique d’Emmanuel Krivine qu’il dirige avec une sorte de fougue froide qui, pas plus que les marionnettes, rend justice à la délicatesse du son berlozien.

Béatrice et Bénédict de Hector Berlioz d’après Beaucoup de bruit pour rien de W. Shakespeare. Orchestre de La Chambre Philharmonique, direction Emmanuel Krivine, chœur Le Eléments direction Joël Suhubiette, mise en scène Dan Jemmett, décors Dick Bird, costumes Sylvie Martin-Hyszka, lumières Arnaud Jung, chorégraphie Cécile Bon. Avec Christine Rice, Allan Clayton, Ailish Tynan, Elodie Méchain, Edwin Crossley-Mercer, Jérôme Varnier, Michel Trempont, Giovanni Calo, David Lefort et Bob Goody dans le rôle du marionnettiste.

Paris Opéra Comique, les 24, 26 février, 2, 4, 6 mars à 20h, le 28 février à 15h.

0825 01 01 23 - www.opera-comique.com

crédit photo : Pierre Grosbois.

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