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Critiques / Opéra & Classique

Bastien et Bastienne

par Caroline Alexander

Culottes courtes et idées longues

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Un opéra de Mozart enfant, joué par des enfants pour des enfants... Recette imparable, succès assuré. Surtout quand il est annoncé que les choristes du spectacle sont ceux qui ont accompagné le raz de marée triomphal du film Les Choristes de Christophe Barratier. Avec en prime et en soliste dans le rôle titre masculin l’angélique séraphin du film : Jean-Baptiste Maunier, dit Morange et acclamé comme tel par ses petits fans.

Le secret de la réussite de cette production sans prétention vient sans doute d’une équation très simple : pour conquérir un public fait de petits bonshommes et de petites bonnes femmes qui connaissent et pratiquent si bien le jeu des "on fera comme si - je serais une fée, tu serais un prince...", les initiateurs du spectacle se sont dits "on va faire comme eux". C’est à dire confectionner un divertissement avec quelques bouts de ficelles, des costumes qui ont l’air d’être sortis d’un grenier de grand mère mais portés par dessus des baskets d’aujourd’hui, un panneau qui tournicote comme une porte de grand magasin, quelques perruques de laine frisée, des bouts de films projetés en vidéo pour faire comme les grands... Bref avoir l’air de gentils amateurs que les petits spectateurs pourraient imiter, avec toutefois un bémol de taille : la parfaite connaissance de la musique portée par un vrai chef (Nicolas Porte) exécutée par un excellent quatuor à cordes - deux violons, un alto, un violoncelle du Nouvel Orchestre de Chambre de Rouen - et chantée par une bande de gamins et gamines qui savent de quoi il en retourne : Les Petits Chanteurs de Saint Marc qui constituent la maîtrise de la Basilique de Fourvière à Lyon. En d’autres mots des pros en culottes courtes et talents aux idées longues.

Premiers signes du génie de Mozart

Mozart avait douze ans quand, de passage à Vienne avec papa Leopold, il assista au Devin du village, opéra comique de poche de Jean-Jacques Rousseau, contant les démêlés amoureux d’un jeune couple auquel un magicien vient porter secours. La fable lui plut, il en fit son Opus 49, son berger Bastien, sa bergère Bastienne et leur mage Colas qui, à force de conseils et de tours de passe-passe, rendra jaloux l’amant infidèle et le fera revenir vers sa bien aimée : victoire et happy end, couronné par un Terzetto final. Ce n’est qu’une petite ébauche de ce que seront les grands opéras du divin Wolfgang mais les premiers signes de son génie y sont déjà perceptibles.

Spontanéité et clins d’œil malicieux

A sa création, dans le jardin d’été d’un mécène autrichien, des enfants jouaient et chantaient les trois principaux personnages et leur suite. C’est le principe retenu dans cette production toute de spontanéité et de clins d’œil malicieux, manège des cœurs sur des carrousels de foire, destin à l’ancienne des filles vouées aux tâches ménagères, le tout sur des bouts filmés "comme à la télé" et de sous-titres à contre courant qui tiennent lieu d’espiègles commentaires : "j’en ai marre de l’amour, je préfère les bijoux", "la montagne ça me déprime". Perruques chantilly et éventails en plumes sur joggings et jeans améliorés, les choristes se mêlent au jeu. Les solistes sont six pour trois rôles et se produisent en alternance (conformément à la loi). Ce jour-là, Elsa Journet campait une malicieuse Bastienne et Cyril Rigogne un Colas tout droit jailli d’une BD façon Corto Maltese. Jean-Baptiste Maunier, aux grand yeux bleus, à la voix d’ange, a manifestement plus de métier, plus d’aisance que ses petits camarades. Mais tous ont ces timbres fragiles d’avant la mue qui donnent une part d’irréalité à leur performance et en fait le prix. Après leur passage aux Bouffes Parisiens, leur tournée devrait reprendre au printemps prochain. On les attend.

Bastien et Bastienne de Mozart, par les Petits Chanteurs de Saint Marc de la Maîtrise de la Basilique de Fourvière de Lyon, direction musicale Nicolas Porte, mise en scène Harold David, avec, en alternance, Jean-Baptiste Maunier, Emmanuel Lize (Bastien), Elsa Journet, Marina Pangos (Bastienne), Cyril Rigogne (Colas), le quatuor à cordes du Nouvel Orchestre de Chambre de Rouen (Karine Borgogno, Antoine Boudaliez, Gwenaëlle Menguy, Sophie Moutel - costumes Nadiejna Lahkim, vidéos Yvan Schreck.

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