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Critiques / Opéra & Classique

Ariane à Naxos

par Caroline Alexander

Transfert réussi

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Il y a un an, le Palais Garnier affichait une nouvelle production d’Ariane à Naxos de Richard Strauss revisitée, façon délurée, par Laurent Pelly. Un succès que confirme son transfert à l’Opéra Bastille.

On pouvait craindre que les principaux absents de la reprise - Marc Minkowski dans la fosse et surtout l’incroyable Nathalie Dessay en Zerbinette - lui feraient perdre du jus. Il n’en fut rien. Le gigantisme du décor Chantal Thomas prend à Bastille la dimension évidente qui lui manquait dans les ors et dorures de Garnier. Les pans de béton du hangar inachevé du mécène, l’homme le plus riche de Vienne, trouvent leur place, tout comme les lumières, tout comme les personnages affolés par le caprice du maître des lieux, mêlés à la tragédie lyrique d’Ariane abandonnée par Thésée à des facéties de commedia dell’arte. Sur le sujet des riches qui paient et exigent d’être obéis, Strauss et von Hoffmannsthal, son librettiste ont frappé fort, drôle et rudement moderne. La satire est cinglante et Pelly en fait une farce enjouée.
Comme pour la reprise de Pelléas et Mélisande de Debussy il y a un mois, la fosse a été surélevée, ce qui, vu la taille du vaisseau Bastille, permet à l’orchestre de jouer sans forcer une partition écrite pour un opéra de chambre. Et en faire jaillir toutes les subtilités. Le jeune Philippe Jordan, 30 ans tout juste, fils du grand Armin, prend à la fois la relève et la succession avec un art de grand pro, calme, précis et lyrique tout à la fois. La mise en scène de Pelly, bourrée de trouvailles drolatiques, reste enjouée. Mais les pièges de la mode se referment sur ses costumes façon puces, Tati ou Deschiens, qui, pour habiller les nymphes, les Arlequins ou autre Brighella, fait un casse-tête de l’identification des personnages.
Sophie Koch reste un compositeur modèle, tant par son jeu vif argent, sa présence électrique et sa voix de mezzo, qui de spectacle en spectacle gagne en plénitude. Solveig Kringelborn campe une Ariane émouvante. La soprano russe Lubov Petrova a la lourde tâche de succéder à la diva Dessay, souffrante. Sexy en diable, correctement en voix dans des numéros réputés être les plus acrobatiques du répertoire, elle s’y prend du mieux qu’elle peut. Ce qui, vu la comparaison, équivaut à un compliment.

Ariane à Naxos de Richard Strauss, direction Philippe Jordan, mise en scène Laurent Pelly, décors Chantal Thomas. Avec Sophie Koch, Solveig Kringelborn, Lubov Petrova, Jon Villars, Stéphane Degout. Opéra Bastille, les 8 et 11 novembre à 19h30, le 14 à 14h30. Tél. : 08 92 89 90 90

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