Tous les lundis et mardis à 21h jusqu’au 1er décembre 2026, au Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard 75004.

Après-midi, piscine ou De l’impossibilité d’être Kafka, de Franz Kafka par Bernard Bloch. Conception, mise en scène et jeu Bernard Bloch.

Toute la mélancolie et la générosité dans l’art du clown kafkaïen.

Après-midi, piscine ou De l'impossibilité d'être Kafka, de Franz Kafka par Bernard Bloch. Conception, mise en scène et jeu Bernard Bloch.

Le 2 août 1914, Franz Kafka écrit dans son journal : Déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie, Après-midi, piscine.

Il y a plus de cent ans, un obscur chef de bureau pragois, responsable pour la Bohême de la gestion des accidentés du travail, ressentait à ce point la folie du monde, qu’il lui était devenu « impossible d’être Kafka », et seule l’écriture lui permettait de bâtir une fragile réponse à cette impossibilité. L’auteur n’en éprouvait pas moins la peur générale d’écrire, de se livrer à cette effroyable occupation dont tout son malheur consistait à en être privé.

Max Brod évoque les dons exceptionnels et les qualités humaines de son ami : « (…) il se comportait devant le monde avec patience et bon vouloir ; il avait pour ses égarements une indulgence ironique qui lui inspirait un humour douloureux …, personne n’était moins blasé ni moins cynique. En sa présence, la vie quotidienne se transmuait, on eût cru ne l’avoir encore jamais connue, tout était neuf d’une nouveauté triste et même écrasante. » (Kafka par lui-même, Klaus Wagenbach, édit. Du Seuil)

Et cette saisie nouvelle et plutôt mélancolique du passage des jours, le clown Akfak la prend en charge, avatar grotesque de Kafka, revenu de l’envers du monde pour tenter de trouver son public dans le monde à l’endroit conventionnel ; un public en mesure sinon de le comprendre, de l’entendre.

Sept récits de Kafka - La soudaine promenade, Le grand nageur, Le pont, Blumfeld, un célibataire plus très jeune, Une petite femme, Croisement, Un virtuose de la faim - témoignent des ridicules tragi-comiques de l’existence plutôt masculine -, les dysfonctionnements tour à tour grotesques, pathétiques, tragiques ou touchants de la condition humaine.

Un nageur s’étonne de recevoir un prix de distinction honorifique dans une ville d’Allemagne alors que non seulement il n’est pas de nationalité allemande, mais il ne sait guère nager, ou bien si peu. L’athlète illégitime s’interroge face à son public, étonné de tant d’absurdité.(Le grand nageur)

Quant au personnage de Blumfeld, un célibataire plus très jeune, il reconnaît une solitude éprouvée amèrement, quand il monte les trois étages d’escalier de son petit appartement, mais il se dit libre. Etre seul ou pas, l’une ou l’autre des conditions se discute, sans être jamais tranchée. Et la figure d’Une petite femme n’est guère réconfortante mais plutôt irritante, tant elle se montre agacée par celui qui l’évoque, en rage lui-même par ce rejet injustifié.

Un virtuose de la faim est inspiré par une attraction à succès des cirques et des fêtes foraines de la fin XIX è. La performance de ces "artistes de la faim" est de tenir le plus longtemps possible sans se nourrir. Ce Champion de jeûne est la métaphore kafkaïenne de l’écrivain mal entendu, n’intéressant plus quiconque ; le nombre de jours de privation ayant disparu sur la cage de la ménagerie où il s’exhibe. On l’oublie, et la mort interrompra son jeûne - signe d’insatisfaction. Et une magnifique panthère prend place dans sa cage.

Le concepteur et interprète Bernard Bloch célèbre l’inimitable sens comique kafkaïen, ponctuant ses récits par de la musique live sur des instruments pour enfants - tambours, sonnette, pipeau… Avant la fin de ces numéros de cirque/cabaret, l’acteur grimé en habit blanc de clown, rehaussé de rouge vif, chante un poème de Goethe en allemand, des chansons populaires en français ou en yiddish. Le bateleur éclairé sur la scène est cerné aux quatre coins par un décor de marionnettes miniaturisées figées, colorées et rieuses.

Le regard grave porté sur le monde, Afkak sourit, tel un enfant émerveillé et profondément ému à la fin de chaque nouvelle - une consolation complice.

Après-midi, piscine ou De l’impossibilité d’être Kafka, de Franz Kafka par Bernard Bloch. Conception, mise en scène et jeu Bernard Bloch, textes de Franz Kafka, traduction Jean-Pierre Lefebvre, Stéphane Plesnel ou Bernard Lortholary, yeux extérieurs Irène Bonnaud et bien d’autres, lumières Luc Jenny, réalisation du décor Jean-Baptiste Decavèle. Tous les lundis et mardis à 21h jusqu’au 1er décembre 2026, au Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard 75004 - Paris. www.essaion-theatre.com, reseautheatre.production@gmail.com

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Véronique Hotte

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