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Critiques / Opéra & Classique

AM ANFANG (au commencement) de Anselm Kiefer et Jörg Widmann

par Caroline Alexander

L’adieu hors piste de Gérard à l’Opéra National de Paris

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Il aura été jusqu’au bout fidèle au principe de sa vie : sortir des sentiers battus pour explorer d’autres mondes. Après cinq années passées à la tête de l’Opéra National de Paris, années de fulgurances, de passions, de découvertes et de prises de risques, conspuées par les uns, ovationnées par beaucoup d’autres, Gérard Mortier, 65 ans, tire sa révérence sur l’un de ces produits qu’il affectionne, un objet théâtral et musical non identifié et pas vraiment identifiable.

Une commande qu’il a passé au célèbre plasticien Anselm Kiefer et qui porte le titre Am Anfang (au commencement) pour fêter à la fois les vingt ans de l’Opéra Bastille et son départ. Kiefer, 64 ans, sculpteur et peintre allemand installé en France depuis une quinzaine d’années, d’abord à Barjac dans le Gard puis dans la vallée de la Marne, fit l’événement de la saison 2007 à Paris avec son installation Chute d’Etoiles-Monumenta aménagée sous les voûtes de verre et d’acier du Grand Palais à Paris, rencontre qui fut exceptionnelle de la démesure d’un artiste avec la démesure d’un lieu. Mortier eut l’idée de lui confier un autre lieu démesuré, l’espace scénique de l’Opéra Bastille qui en termes de surface et de volume est probablement le plus vaste de tous les opéras du monde.

Dans la scénographie dont il est l’auteur (ainsi que des costumes et de la mise en scène) on retrouve les silhouettes des tours penchées de Kiefer s’étageant sur des blocs de béton brut. On n’en voit que huit mais il doit y en avoir douze réparties en des lieux pas toujours accessibles au regard, douze pour les douze tribus d’Israël qui constituent la trame du récit tiré de textes de l’Ancien Testament. De quel commencement s’agit-il ? Celui de la fin ? De la fin du monde et de son éternel recommencement ? Des guerres, des poussières et des morts qu’elles engendrent ?

Ressources et recettes des musiques d’aujourd’hui

L’important n’est sans doute pas de définir mais de se laisser aller à la mouvance des images et des sons, ceux de la musique que le compositeur et clarinettiste allemand Jörg Widmann, 36 ans, a spécialement conçue autour de l’objet en question. Une musique qui n’innove pas mais qui utilise ressources et recettes des musiques d’aujourd’hui – notamment l’harmonica de verre joué par Christa Schönfeldinger ou les plaintes de l’accordéon de Teodoro Anzellotti - pour habiller les composantes mobiles du spectacle.

La cohésion des deux est souvent d’une réelle beauté plastique et sonore mais elle ne se fait que rarement dans les moments qui échappent aux commentaires débités par une comédienne à la voix sans charme et à la diction pâteuse. On ne comprend pas grand chose de ce qu’elle raconte si bien que les actions parcimonieuses des personnages en scène – peuple en guenilles tapant dans les ruines en un cliquetis qui s’insère à la musique ou construisant un mur qui finira par s’effondrer. Des grands noms ont collaboré au spectacle : Denis Podalydès, tête de pont de la Comédie Française qui a enregistré un prologue de son timbre clair et habité, Blanca Li qui a chorégraphié la danse de Lilith, la femme démon qui achève la destruction du monde. On aurait aimé entendre une voix du même cru puisée dans le répertoire du théâtre parlé, celle d’une Jeanne Morceau – mais elle est à Avignon – d’une Dominique Blanc, d’une Claude Degliame, d’une Valérie Lang… Il n’en manque pas.

Reste une heure et demie de plongée dans l’ailleurs d’une représentation qui n’est ni un ballet, ni un opéra, ni une pièce de théâtre, ni un concert, mais un peu de tout cela à la fois, une tentative d’alchimie, pas vraiment réussie, mais s’ouvrant vers d’autres possibles. Et en cela elle s’inscrit dans le droit fil de la politique remuante et inspirée de Gérard Mortier. Qui s’offrira une année de calme pour préparer sa future la direction du Teatro Real de Madrid à partir de la saison 2010/2011.

Am Anfang (Au commencement), conception, mise en scène, décors Anselm Kiefer, composition et direction de l’orchestre de l’Opéra National de Paris Jörg Widmann, , lumières Urs Schönebaum, chorégraphie Blanca Li. Avec Genevièbe Boivin, récitante, Geneviève Motard (Lilith), Christa Schönfeldinger à l’l’harmonica de verre, Teodoro Anzelloti à l’accordéon -.

Opéra Bastille, les 7, 8, 9, 10, 11, 13 juillet à 20h. Prix des places exceptionnel de 5 à 30 €. Le 14 la matinée à 16h est gratuite.

08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

Crédit photographique : Charles Duprat/ Opéra national de Paris

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