Accueil > A Midsummer night’s dream

Critiques / Opéra & Classique

A Midsummer night’s dream

par Caroline Alexander

Sortilèges d’un grenier enchanté

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

En guise de cadeau de Noël, le Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles offrait en décembre 2004, une nouvelle production du très onirique et très loufoque Songe d’une nuit d’été que Benjamin Britten mit en musique en totale fidélité au texte et l’esprit de Shakespeare. Mise en scène, décors, costumes, lumières et voix : tous les ingrédients furent réunis pour une escapade d‘une irrésistible poésie.
Etrange combinaison des événements : alors que son patron, Bernard Foccroulle, venait d’annoncer qu’il écourterait de deux ans son mandat à la tête du Théâtre Royal de la Monnaie qu’il dirige depuis 1991, le spectacle mis à l’affiche pour les fêtes de fin d’année brillait de mille et une pépites de rêve pour que soit regretté le départ annoncé du maître de céans. Ce Midsummer night’s dream en v.o. fut en effet, pour grands et petits spectateurs, une récréation de pur délice. Dès le rideau de scène, immense toile d’araignée en soie couleur de pierre de lune, on comprend que le miroir d’Alice sera traversé et que le grenier enchanté qu’il découvre nous entraînera au pays des merveilles. Car c’est bien en Angleterre et nulle part ailleurs que nous sommes, au royaume de Lewis Carroll et des illustrations d’Arthur Rackham.

Une forêt féerique où voguent les elfes

Les tuiles ont disparu du toit de la mansarde et sa charpente défoncée laisse filtrer les fils d’argent des étoiles tandis que des ombres fantasques se détachent sur le cercle blême de la pleine lune. Il y grouille un petit peuple de génies, de farfadets et de lutins qui chahutent, chantent et dansent parmi les armoires à secrets, les pots de confiture, les malles remplies de robes de fées, un âne à bascule et un portail de bronze sculpté s’ouvrant sur la forêt... Cette forêt féerique où voguent les elfes et se chamaille le couple céleste de Titania et d’Obéron et où ce galopin de Puck se prend les pieds dans ses tours de magie en inversant les potions magiques destinées aux deux couples d’amoureux qui se poursuivent sans arriver à s’assortir... Alors que sur terre un groupe d’artisans en habits du dimanche s’apprête à répéter une tragédie en l’honneur du mariage de leur prince Thésée avec une princesse venue d’ailleurs.

Entre rire et désirs, farces et voluptés

Nous sommes au confluent de tous les fantasmes, entre rire et désirs, farces et voluptés. Un monde flottant dont le metteur en scène écossais David McVicar, un familier de La Monnaie de Bruxelles et du Théâtre des Champs Elysées parisien, a capté toutes les ondes. Dans les décors et costumes, de toute beauté, de Rae Smith et des lumières d’entre deux mondes signées Paule Constable.
Le moins qu’on puisse dire de McVicar c’est qu’il ne se plagie jamais. Cent mille idées à la seconde, des trouvailles et des partis pris à jets continus, c’est l’homme des constants renouvellements. Contrairement à un Bob Wilson qui entasse n’importe quel sujet dans la même esthétique sans tenir compte de l’histoire à raconter, McVicar colle au récit. Volontiers provocateur, parfois visionnaire, maniant l’humour sans prendre de gants, il avait séduit à Bruxelles avec un Don Giovanni funèbre et sulfureux, à Paris avec des baroques désopilants comme Semele ou Agrippina de Haendel. Quitte à pousser trop loin le bouchon de sa jubilation comme ce fut le cas avec ce Couronnement de Poppée de Monteverdi, actualisé au marteau piqueur (voir webthea...).

David Greeves dans une performance de grâce et de force

Ici au pays des rites et des songes, rien de gratuit, mais une cascade de chimères, de l’imagination vagabonde et un sens absolu du merveilleux. Que soutient une distribution de jeunesse et de classe où, malgré la direction d’orchestre honnête mais trop placide d’Ivor Bolton, malgré le terne Obéron du contre ténor Michael Chance, se détachent en splendeur l’élégance de Laura Claycomb, pulpeuse Titania et, en faconde rustique, l’inénarrable fanfaron de Bottom par Laurent Naouri. Avec, tourbillonnant dans les airs, l’incroyable David Greeves, comédien, acrobate, mime, danseur et trapéziste dans une performance de grâce et de force difficile à oublier. Sans compter les petits choristes des Chœurs de la Monnaie, des Pastoureaux et du Trinity Boys Choir qui se fondent dans le petit peuple des elfes comme si leur royaume était le leur.

A Midsummer night’s dream, de Benjamin Britten, d’après Shakespeare, orchestre symphonique de La Monnaie, direction Ivor Bolton, mise en scène David McVicar, décors et costumes Rae Smith, éclairages Paule Constable, maquillages, perruques et coiffures Catherine Friedland, avec Laura Claycomb, Michael Chance, David Greeves, Laurent Naouri, Brindley Sherratt, Ruby Philogene, Alfred Boe, Leigh Melrose, Deanne Meek, Madeline Binder, Henry Waddington, Richard Coxon, Gwynne Howell, Kim Schrader, Lionel Lhote, et les chœurs d’enfants de La Monnaie, des Pastoureaux et du Trinity Boys Choir. Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles du 7 au 31 décembre 2004.

Photo : Johan Jacobs

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.