A La Rochelle -La Sirène - le 9 décembre, et en tournée jusque mars 2026.
While My Guitar Gently Weeps, conception et mise en scène Renaud Cojo, direction musicale Mocke Depret. Avec François Breut, Jil Caplan, Barbara Carlotti, Bastien Lallemant, Lescop, Emily Loizeau, Mathias Malzieu, J.P. Nataf, Fredrika Stahl (huit artistes en alternance).
Des albums fondateurs ré-animés par huit chanteurs professionnels.

Depuis 2019, Renaud Cojo développe Passion Disque / 3300 Tours, projet participatif mêlant territoires, habitants et souvenirs personnels liés à la musique. Quinze éditions ont vu le jour dès lors sur tout le territoire national. L’enjeu de Passion-Disque / 3300 Tours est d’aller au-delà d’un rapport intime à la musique, de sortir de l’intériorité afin de livrer à une communauté un récit dont le fil conducteur est un album-clé, une pierre à l’édifice bâti de nos vies.
Le participant choisit un album marquant de sa vie, un repère existentiel significatif. Le metteur en scène « construit » une histoire avec ce matériau. Ces récits de vie autour de la musique prennent une dimension poético-épique. La forme ludique favorise l’expression, la chronique intime.
Puis, le projet « amateur » a vu sa démarche évoluer vers des musiciens professionnels. La soirée se construit en deux temps, avec d’abord les récits personnels - du théâtre documentaire - et le concert avec tous les participants re-visitant les chansons évoquées dans la première partie.
Ce nouveau format, While My Guitar Gently Weeps, réunit huit chanteurs et chanteuses accompagnés par un backing band dirigé par Mocke Depret.
Assis en arc de cercle face à une platine vinyle - objet-culte ritualisé -, les interprètes s’avancent et prennent la parole, s’adressant au public ici et maintenant.
Les souvenirs affluent, révélant une jeunesse passée et ses non-dits. Le récit se déploie, vivant, fragmenté, fragile et authentique, incarné, reconnaissable. Ces paroles intimes résonnent dans une introspection partagée - communauté de vivants, identification -, qui fonde le cœur du projet.
Sur le récit, la guitare et les arrangements de Mocke déposent un tissage sonore, une musique vibrante de sensations diffuses. Elle accompagne les voix qui se livrent. Et le disque choisi s’élève.
Après une courte pause, a lieu le covert-concert pour des spectateurs dès lors liés aux histoires entendues. Les participants reprennent leurs chansons - force festive d’un groupe, re-création musicale et ré-actualisation des récits.
Bastien Lallemant, collégien originaire de Dijon, une jolie région boisée et brumeuse en hiver, a été initié par un camarade un peu plus âgé à la musique de son temps, soit l’imprévu dans la découverte d’un monde autre plus aérien, une révélation, d’autant que l’ami déménage et éloigne ses visites, et que la maison familiale s’alourdit de tristesse, le père partant puis revenant : Bastien se réfugie dans sa chambre du haut et dans la musique. L’album auquel se tient ce garçon grave et mélancolique est Seventeen Second (1980) par The Cure dont le morceau bien nommé s’intitule A Forest. .
Lui succède Françoiz Breut, née à Cherbourg, passée par Le Havre, Lille et Nantes - des villes toujours non loin de la mer - pour ses études dans le domaine des Beaux-Arts, brunette décidée et dynamique, qui raconte une enfance plutôt heureuse qui se tourne assez vite vers la musique et dont l’album préféré est Germ Free Adolescents (1978) par X-Ray Spex et dont le morceau enjoué auquel se réfère l’artiste est Art-I-Ficial. Au moment du concert, elle donne toute la mesure de son engouement et de son plaisir.
Allure rimbaldienne, des airs romantiques à la Jim Morrison, Lescop a passé son enfance à La Rochelle, y est tombé amoureux, a passé ses vacances estivales dans les Pyrénées chez son oncle et sa tante, un peu plus jeunes que ses propres parents, fins connaisseurs de musique et possédant vinyles et cassettes-vidéo de leur époque. Il découvre à l’écran et au son l’album The Doors (1967), et le morceau The Crystal Ship qui le fait voyager très loin.
A ce garçon mélancolique succède la blonde et lumineuse Fredrika Stahl, à la jeunesse partagée entre la Suède et la France, Stockholm et Saint-Germain-en-Laye, et qui, revenue en Suède, choisit à son tour de faire ses études à Paris, amoureuse de deux pays et déterminée à faire de la musique. Son album est When the pawn…(1999) par Fiona Apple avec On the bound.
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Barbara Carlotti a grandi en banlieue parisienne, plutôt entourée dans s
a fratrie, aimant à se faire peur, comme tous les enfants, et fan de Michael Jackson auquel elle reproche pourtant de s’être fait refaire le nez, reniant ses origines, au moment de la sortie de l’album Thriller (1983) dont elle écoute en boucle justement Thriller, menaçant avec sa porte grinçante énigmatique qui laisse entrevoir les violences et les cruautés les plus effrayantes.
Quant à Emily Loizeau, figure solaire, poétique et lyrique, elle a grandi dans un village agréable de Seine-et-Marne, aux rues étroites en même temps qu’ouvertes avec, à leur tournant, un mur qui renvoie les sons et dont la fillette joue. Elle habite dans une longère ayant appartenu à un résistant et artiste, y vivant avec sa mère anglaise, traductrice et artiste-peintre, et son père correcteur au Matin de Paris, accumulant là tous les numéros. L’album privilégié, parmi tous ceux qu’elle affectionne, est La Mauvaise Réputation (1952) de Georges Brassens dont l’émeut fortement Le Petit Cheval blanc.
Reste ce soir du 9 décembre sur la scène de La Sirène à La Rochelle, à écouter le récit facétieux de Jil Caplan qui conte ses jeunes années passées rue de Bagnolet dans le XX è arrondissement, enfant unique à la santé délicate - petite croissance et appareil dentaire - qu’une grand-mère affectueuse envoie en Angleterre, l’été, pour s’approprier l’anglais lors de séjours linguistiques. Soit la découverte dans un bus en partance de l’album Space Oddity (1969) de David Bowie, avec son morceau au titre-éponyme. Aussi, de retour en France, grandit-elle d’un coup ; elle partage l’amour à mort pour cette musique glam-rock avec un copain qui l’a élue, née enfin à elle.
Et le concert final ajoute une touche de peps et de vérité à la représentation scénique, sous la présence attentionnée de la guitare et de la basse de Mocke Depret, qui dirige aussi un backing band enthousiaste pour l’occasion.
Tous ces musiciens professionnels ont en commun d’avoir éprouvé la découverte de la musique, et du chant, comme une émancipation physique, une libération corporelle - révélation et reconnaissance -, à la manière d’une poche intérieure d’émotion - larmes et pleurs tenus en embuscade à l’intérieur de soi - qui aurait enfin cédé, telle une bulle de tension qui "crèverait ».
Une soirée théâtrale et musicale aimablement populaire et sincère, qui se termine en jouant et en chantant While My Guitar Gently Weeps des Beatles.
While My Guitar Gently Weeps, conception et mise en scène Renaud Cojo, direction musicale Mocke Depret. Avec François Breut, Jil Caplan, Barbara Carlotti, Bastien Lallemant, Lescop, Emily Loizeau, Mathias Malzieu, J.P. Nataf, Fredrika Stahl (huit artistes en alternance). Backing Band Zacharie Boissau, Mocke Depret, Valérie Leclercq, Astrid Radigue, Ingénieur du son Stéphane Teynié, création lumières Fabrice Barbotin, scénographie Philippe Casaban et Éric Charbeau. Spectacle vu le 9 décembre 2025, à La Sirène (SMAC) de La Rochelle (17). Le 11 décembre au Théâtre Molière, Scène Nationale Archipel de Thau/ Sète (34). Le 12 décembre, à la Scène Nationale du Grand Narbonne, Narbonne (11). Le 15 janvier 2026, au TAP, Scène Nationale du Grand Poitiers, Poitiers (86). Le 16 janvier, au Rocher de Palmer, Genon (33). Le 17 janvier, Le Parvis - Scène Nationale Tarbes-Pyrénées, Ibos (65). Le 18 janvier, Scène Nationale du Sud-Aquitain, Boucau (64). Le 20 mars, Les Quinconces et L’Espal - Scène nationale du Mans, Le Mans (72). Le 31 mars,L’Embarcadère, Saint Sébastien sur Loire (44).
Crédit photo : Marie Monteiro



