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Critiques / Théâtre

Vivre de Frédéric Fisbach

par Brigitte Coutin

Le souffle nécessaire de la parole théâtrale

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2026. Le chaos social, écologique et économique règne. Des carcasses de voitures inutilisables faute de pétrole s’entassent dans des dépôts, des potagers remplacent les parcs et jardins pour approvisionner les marchés courts, les déplacements sont difficiles, limités et la menace du virus demeure…. Le théâtre de La Colline est transformé en dépôt pour les voitures mais, fort heureusement, la salle du deuxième étage a été oubliée, et c’est dans ce lieu que Mila s’installe, déterminée à reprendre les répétitions de la pièce de Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc. Elle invite les deux comédiennes Ingrid et Félicie à la rejoindre….
En 2020, le metteur en scène F. avait envisagé de monter la pièce de Péguy mais le confinement et sa mort accidentelle en avril arrêtent le projet. Il ne reste que son carnet de notes. Mila, sa femme, décide de reprendre son travail.
Frédéric Fisbach, qui apprécie la langue si particulière de Péguy, fait subtilement dialoguer l’écriture poétique de l’écrivain et son texte pour les scènes se déroulant en 2026. Le travail de mise en abyme du théâtre dans le théâtre est parfaitement maitrisé et subtilement monté et le spectateur passe d’un auteur à l’autre avec délicatesse.
Pendant les répétions, Félicie/ Hauviette a gardé la naïveté de ses 10 ans que restitue avec finesse la comédienne Flore Lefebvre des Noëttes. Elle converse avec Jeannette âgée de 13 ans, interprétée par Laurence Mayor qui réussit parfaitement à nous faire saisir les premières révoltes de la future Jeanne d’Arc. Les deux comédiennes sont absolument formidables, passant d’une époque à une autre, de l’écriture de Péguy à celle de Fisbach, d’un registre à un autre, avec brio. La tristesse et la colère de Jeannette face aux destructions des guerres et la misère, annoncent ses futurs combats car ne rien faire c’est être complice. Combattre, se battre, trouver la force, le courage pour surmonter les malheurs… éternelle lutte.
Pour Félicie, Ingrid et Mila, le courage est une nécessité pour dépasser les angoisses liées au virus, ce que rappellent, au début du spectacle, le costume amusant d’apiculteur de Félicie et le partage de la scène en trois espaces pour respecter les mesures sanitaires. Il faut du courage pour surmonter la douleur de la disparition de l’être aimé pour Mila interprétée par Madalina Contantin avec subtilité et retenue. Où trouver le courage pour révéler à la mère du metteur en scène F. que son fils est mort ?
Le fantôme du metteur en scène F., interprété par Frédéric Fisbach, installé en fond de scène, ne trouve pas le repos et ponctue le spectacle de ses réflexions sur la situation, évoque ses souvenirs, sa mère, cette femme âgée qui s’est réveillée après 6 ans de coma, désorientée par ce nouveau monde et ignorante de la disparition de son fils. La mère, Sophia, venue d’Egypte, amoureuse de la Méditerranée, « cette mer tant de fois traversée par ses aïeux et par elle-même », est le lien avec le passé, les origines, la mémoire… Comment lui annoncer la mort du fils ? En terminant le travail de F., en montant la pièce…

En introduisant des extraits du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc dans sa pièce Vivre, Frédéric Fisbach rappelle la continuité de la parole théâtrale qui donne la force, le souffle nécessaire pour apprivoiser les douleurs, se rapprocher, créer un espace commun, réunir les êtres….

Vivre, un spectacle écrit et mis en scène par Frédéric Fisbach inspiré du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc de Charles Péguy.
Avec Madalina Constantin, Flore Lefebvre de Noëttes, Laurence Mayor, Frédéric Fisbach et la participation de Silvana Martino
Adaptation dramaturgie : Charlotte Farcet et Frédéric Fisbach
Collaboration artistique : Benoît Résillot
Scénographie : Charles Chauvet
Lumière : Léa Maris
Création son : Rémi Billardon
Vidéo : Frédéric Fisbach
Crédit photo : Tuong – Vi Nguyen
Durée : 2h45

29 septembre – 25 octobre 2020 : Théâtre national de La Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris, tel01 44 62 52 52, du mercredi au samedi 20h, le mardi 19h, dimanche 16h, relâche le dimanche 4 octobre.
12 et 13 novembre 2020 : Théâtre Montansier – Versailles
1er et 2 décembre 2020 : Grranit – Belfort – Scène nationale
du 16 au 18 décembre 2020 : Théâtre Liberté – Scène nationale de Toulon

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