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Une autre manière manière de voir le monde

par Gilles Costaz

Entretien avec Clément Poirée, directeur la Tempête

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Le théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie de Vincennes, a-t-il changé avec l’arrivée, il y a presque deux ans, de Clément Poirée à sa direction et après le départ du directeur historique, Philippe Adrien ? Clément Poirée, qui répond à nos questions, pense qu’il se situe dans le prolongement de l’action de son prédécesseur. La saison a commencé avec le succès de sa mise en scène d’ouverture, A l’abordage d’Emmanuelle Bayamack-Tam (d’après Marivaux) et reprendra après l’interruption causée par les mesures à caractère sanitaire.
Comment s’est passé la première reprise, en septembre ?
Le public est venu avec avidité. On a senti une grande exigence, le besoin absolu de cette communion. Les gens débordent d’énergie. Avec les conditions imposées, c’est pour nous très complexe. C’est épuisant. Mais ça ne pouvait se passer mieux.
Dans l’édito de votre brochure de saison, vous semblez définir votre programmation comme tournée vers la « désinvolture », mais au sens où Saint-Simon employait le mot, qui signifiait pour lui être « d’allure libre et dégagée ».
Ce n’est pas vraiment une définition de la saison. Mais cela peut donner une image d’une génération. Les propositions de notre théâtre sont en fait celles des artistes que nous invitons chez nous. Chaque spectacle est différent. L’ensemble répond à une curiosité plurielle. Ce qui rassemble, c’est une manière de vivre le théâtre, sur un temps long, puisque la même équipe travaille sur la durée.
Il y a quand même à la Tempête une façon engagée de faire du théâtre. On est à la Cartoucherie de Vincennes. C’est important.
La Cartoucherie est, en effet, un lieu à part. Il faut l’accepter comme tel. On se soucie tous les uns des autres, on partage le même enjeu et le même espace, avec des façons différentes de fonctionner. Le Soleil, lui, prépare un spectacle pendant deux ans. Nous sommes très soutenus par les tutelles et, pourtant, nous ne sommes pas une institution.
J’ai toujours vécu le théâtre comme une manière de mieux comprendre le monde. Beaucoup de personnes restent habituées aux codes de la communication et ne comprennent le monde qu’à travers ces codes. Le théâtre permet une culture alternative, rouvre le champ des possibles. C’est un acte politique, très différent de l’acte militant. J’aime qu’un spectacle de la Tempête soit un autre point de vue, une autre inspiration face au monde. Mais c’est parfois difficile, aujourd’hui, de recevoir ce que le théâtre nous envoie : cet à-côté.
Vous venez d’un autre univers que le théâtre.
Je faisais de la sociologie politique, je ne pensais pas au théâtre. En 2000, on m’a proposé d’être l’assistant de Philippe Adrien sur Le Roi Lear. Je peux dire qu’ensuite, le théâtre est devenu une vocation. On joue : c’est divin, c’est léger, parfois c’est très profond. La visée est d’obtenir le regard du spectateur et de créer un du jeu en lui. Philippe Adrien avait une formule au moment de passer au travail : « On désimplifie ». Je reprends volontiers cette formule.
Quand on dirige un théâtre, tout a la même : l’accueil, la création… On prend tout frontalement, en plein visage. Nous travaillons sur de longues séries de représentations. Au début, il y a les amis, les experts. Puis un public plus large. Qu’il y ait des experts ne me plaît pas vraiment. Nous ne travaillons pas à produire des spécialistes. Ce qui est beau, c’est : qu’est-ce qui se passe pour le spectateur ? Tout est concentré sur le « qu’est-ce qui se passe ? ». A titre personnel, je privilégie cette question : qu’est-ce qui a bougé dans l’esprit du spectateur quand il rentre chez lui ?
Définissez-vous une thématique chaque saison ?
Nos saisons sont hétérogènes, sans souci de cohérence. On laisse se dégager des lignes de force. Mais ce n’est pas notre objectif. Ce qu’on veut, c’est donner de beaux rendez-vous. On ne décide pas de thème. Les créateurs viennent apporter leur imaginaire. Par ailleurs, classiques et contemporains, quel équilibre ? Je n’ai jamais compris la différence. On aime beaucoup ce qui est divers. Cet automne, nous avons Anne Alvaro qui joue Hamlet dans la traduction et la mise en scène e Gérard Watkins et la nouvelle pièce de Jean-René Lemoine, Face à la mère. C’est aussi une manière de faire circuler le public. Autre respiration : je mettrai en scène Sébastien Bravard dans son texte, Elémentaire, sur sa double vie de professeur des écoles le jour et comédien le soir.
Etes-vous dans la poursuite des années Philippe Adrien ou en rupture avec elle ?
En parfaite continuité. Philippe parlait d’un « esprit de liberté et d’amitié ».

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manoeuvres, 75012 Paris, tél. : 01 43 28 36 36. Elémentaire, dont les représentations ont dû être annulées, se donnera d’abord en tournée : Fresnes, 30 janvier. Saint-Maur, 5 > 9 février. Lyon, 23 > 26 février. Compiègne, 20 > 28 mars.

Photo DR.

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