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Critiques / Théâtre

Trézène mélodies

par Corinne Denailles

Un oratorio larghetto

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En 1996, Cécile Garcia Fogel, pour qui la musique est une seconde nature, avait imaginé une remarquable version musicale de Phèdre de Racine pour sept acteurs-chanteurs (Prix de la révélation théâtrale du syndicat de la critique). Dans un espace abstrait dont la blancheur évoquait la lumière grecque, on pouvait croire percevoir le murmure de la mer à l’écoute des mélopées qui chantaient les malheurs de Phèdre.
25 ans plus tard, Cécile Garcia Fogel recrée le spectacle qui n’est pas juste une reprise mais une nouvelle lecture. Cette fois, prenant le contrepied du point de vue initial, elle installe la tragédie dans un huis-clos en clair-obscur où la pénombre, traversée de rares traits de lumières, domine dans une tonalité d’abord très douce. Les comédiens-chanteurs ne sont plus que trois, se partageant les rôles et la narration qui parfois emprunte au cinéma, avec une belle audace, une lecture de script en lieu et place des didascalies classiques.
La silhouette menue de Cécile Garcia Fogel glisse à pas feutrés entre des chaises vides alignées en fond de scène tandis que dans un murmure sussuré, elle plante le décor. Elle est Phèdre, la fille de Minos et de Pasiphaé, mais aussi Théramène, ainsi qu’Hippolyte, le beau-fils pour lequel elle brûle d’un amour coupable qu’elle avoue croyant son époux Thésée mort. Cécile Garcia Fogel a resserré la narration sur ses points névralgiques tout en dilatant le temps grâce aux magnifiques mélodies aux accents arabo-andalous, grecs ou carrément jazz, qu’elle a composées. A ces inflexions subtiles, est associée la musicalité de la langue grecque du poète Yannis Ritsos.
La jolie voix légèrement voilée de Cécile Garcia Fogel se conjugue avec les graves amples de Mélanie Menu. Chacune exprime un registre différent de la douleur qui anéantit Phèdre, amour déchirant, culpabilité mortelle. Elles sont accompagnées à la guitare par Ivan Quintero, qui interprète la nourrice Oenone avec beaucoup de finesse. Il joint parfois sa voix à celles des comédiennes formant un trio vocal qui a la force d’un choeur profondément tragique.
Cécile Garcia Fogel a retenu les quelques étapes cruciales d’un chemin de croix antique inexorablement parcouru par Phèdre pour construire cet oratorio larghetto épuré, scandé par le rythme des alexandrins et la pulsation musicale. Un hommage à la fameuse musicalité du vers racinien.
Nous avons hâte que ce spectacle, comme tous les autres en souffrance, retrouve le public.

Trézène mélodies, l’histoire de Phèdre en chansons. Mise en scène et musique Cécile Garcia Fogel. Fragments de Phèdre de Jean Racine et poèmes de Yannis Ritsos, Phèdre et Le Mur dans le miroir. Avec Cécile Garcia Fogel, Mélanie Menu (jeu et chant) et Ivan Quintero (guitare et voix). Scénographie et costumes Caroline Mexme. Lumières Olivier Oudiou
Durée : 1h05. Présenté aux professionnels au Théâtre 14 en mars, au théâtre du Nord en avril 2021, spectacle en itinérance dans la région Hauts-de-France et dans la Métropole européenne lilloise
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© Simon Gosselin

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