Dys sur Dys de Gillerot et Oudar

Surmonter le handicap

Dys sur Dys de Gillerot et Oudar

Parmi les nombreux troubles dont souffrent les humains, la dyspraxie rend le quotidien difficile. Celui qui en souffre a du mal à se situer dans l’espace, à coordonner ses mouvements, par exemple pour la marche et l’écriture. Celui-là, il est comme Pirlouit qui nous raconte sa jeune vie.

Dans sa volonté d’inclure le mieux possible les personnes différentes, la société est de plus en plus souvent encline à accueillir les porteurs de handicap dans le milieu scolaire normal ou dans des situations d’apprentissage professionnel ordinaires. Pirlouit a vécu de l’intérieur cette volonté d’intégration. Il s’est battu, a connu échecs et succès, s’est démoralisé et s’est requinqué, a tâtonné dans des voies différentes, a cherché à rendre ses désirs compatibles avec ses réalités.

Approche du handicap

Ce parcours, qui va de l’âge de 5 ans à l’âge adulte, sert de scénario à cette pièce au contenu documentaire autant que théâtral. Il permet au public de percevoir les problèmes soulevés par les défaillances du personnage. D’abord, celui-ci est hanté par le regard d’autrui lorsque les actions entreprises sont réalisées avec difficulté, voire impossibles à finaliser. Il se sent forcément jugé et dévalorisé.

Il se trouvera souvent en butte à des moqueries, des rejets, des violences même. Il bénéficiera aussi de l’amitié de certains, de leur aide. La difficulté à établir des relations sociales élémentaires fait de lui un solitaire, incité à l’introversion. En guise d’antidote autogénéré, il s’est inventé un ange gardien, une image de lui-même extérieure sous forme d’une Fantômette qui est à la fois un miroir, une analyste des situations vécues, une confidente cordiale et de bon conseil, une adjointe dynamisante.

La théâtralisation de son vécu donne à voir comment fonctionne physiquement et mentalement un être affligé d’un déficit. L’aspect didactique indirect (quelquefois même direct via un minimum d’informations médicales) amène à adopter une attitude bienveillante puisque des comportements en apparence saugrenus ou fautifs s’expliquent à cause de la maladie et non d’une volonté à s’opposer aux normes, aux usages, aux savoirs.

Dynamique de la représentation

L’option choisie par François Gillerot est de mettre Pirlouit (Clément Goethaels) en connexion intimiste avec Fantômette (Lucile Charlier) et de le mesurer à des personnages de sa vie joués par un comédien-musicien homme à tout faire (Gaspard de Dadelsen). Cecii amène à combiner des séquences souvent brèves insufflant une cadence mouvementée au spectacle. Et qui mène le public à se laisser emporter par cette fascination propre au théâtre capable de rendre crédible un protagoniste, même fugace, grâce à une allure, une attitude, une gestuelle, un parler, un accessoire…

La scénographie de Marie Menzaghi, très mobile, module l’espace en fonction des circonstances. Basée sur deux éléments clés, des escabeaux à trois marches qui deviennent aussi bien grenier que bancs d’école, établi ou table et symbolisent la descente vers la déception ou le passage en montée vers l’espoir. S’y adjoignent des néons colorés, obliques ou verticaux, disposés ici et là, allumés par intermittence, qui esquissent des lieux plus ou moins virtuels.
En complément, une table de mixage d’effets musicaux pour le musicien orchestrateur et un ensemble pour DJ où Pirlouit montrera son savoir-faire. Les éclairages d’Amélie Géhin possèdent la même mobilité en suscitant des climats très divers, en isolant ce qui est supposé en gros plan, en ponctuant les moments davantage musicaux. Une alliance féconde entre le document et l’imaginaire de la scène.

Durée : 1h
Dès 9 ans
Dys sur Dys deFrançois Gillerot et Arthur Oudar
Mise en scène : François Gillerot

Interprétation : Lucile Charnier, Gaspard de Dadelsen,Clément Goethals
Création lumière : Amélie Géhin
Création sonore : Luc Bersier, Gaspard de Dadelsen
Scénographie, accessoires : Marie Menzaghi
Création costumes : Marine Vanhaesendonck
Régie multitool : Benoit Guilbert
Photo © Llywelyn Nys
Soutiens : Théâtre de la Montagne Magique, Petit Théâtre Mercelis, la Roseraie, Maison de la culture de Tournai, Maison des cultures de Molenbeek, Centre culturel Jacques Franck, EKLA, compagnies Renards et (e)utopia 3, les résidences d’artistes Champlon et L’Escaut
Production : la FACT

En tournée :

30.01.2022 Maison culturelle Ath
02.02.2022 Maison des Cultures Molenbeek
13.02.2022 > 19.02.2022 Maison de la Culture Tournai
22.02 > 23.02.2022 Centre Culturel Jacques Franck Bruxelles
19.10 > 20.10.2022 Centre Culturel Marius Staquet Mouscron
ensuite : www.ciefact.com/

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre » (2006-2021)....

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