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Critiques / Danse

Stendhal exalté par la danse

par Noël Tinazzi

Création du ballet de Pierre Lacotte "Le Rouge et le noir", d’après le roman de Stendhal

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Le chorégraphe vétéran Pierre Lacotte crée un ballet à grand spectacle inspiré du roman de Stendhal "Le Rouge et le Noir" dont il exalte l’intensité romanesque.

Chorégraphie, livret, décors, costumes, choix musicaux... Rien ne fait peur à Pierre Lacotte qui, à 89 ans, assume tout. Secondé d’une poignée de collaborateurs fidèles il travaille depuis quatre ans, malgré les entraves suscitées par l’épidémie, à cette adaptation du fameux roman de Stendhal, Le Rouge et le Noir (1830). L’ancien danseur et toujours actuel chorégraphe retrouve avec gourmandise la maison où enfant il a fait ses premiers pas. Le ballet est une superproduction fastueuse de trois heures quinze, entrecoupé de deux entractes, qui convoque sur scène une centaine de danseurs et figurants, et dans la fosse, l’Orchestre de l’Opéra de Paris dirigés par le chef Jonathan Darlington.

Rien de révolutionnaire, on s’en doute, dans ce spectacle mais un art toujours renouvelé d’inventer de nouvelles combinaisons de pas et de figures, à partir du vocabulaire classique de la danse. Et toujours un enthousiasme communicatif, tout le monde sur le plateau semble pris d’une frénésie de danse et même les prêtres, les magistrats, les prisonniers... sont entraînés dans des mouvements d’ensembles irrépressibles.

Spécialiste des reconstitutions du répertoire romantique, Pierre Lacotte, à qui l’on doit entre autres la résurrection de La Sylphide, Paquita ou encore Coppélia, se dit « aimanté » par la trame du livre de Stendhal qu’il a découvert très jeune. En trois actes et seize tableaux, il réussit à égrener de manière fluide les principaux épisodes de la trajectoire météorique du héros, le jeune provincial Julien Sorel, ambitieux fils de charpentier qui perd (littéralement) sa tête pour s’être frotté au beau monde et y avoir séduit successivement deux femmes inaccessibles : la prude Madame de Rênal, mariée avec enfants, et l’orgueilleuse Mathilde de la Motte. Sur fond de société corsetée qui tend à l’uniformité sous la houlette inflexible du clergé chacun des personnages principaux est bien caractérisé par une gestuelle propre.

En s’aidant au besoin de brefs scènes de pantomime et de vidéos en noir et blanc qui permettent de faire des sauts dans la temporalité du récit, la trame narrative est globalement respectée. Même si, en guise de fil rouge, le chorégraphe a donné plus d’importance au personnage de la jeune servante Élisa, follement éprise de Julien, mauvais génie qui n’a de cesse de le poursuivre de sa rage d’aimante délaissée et contribuera à sa perte.

On ne peut plus romantique

En phase avec l’époque de la création du roman, on ne peut plus romantique, les costumes font assaut de faste, et les décors ont une tonalité délicieusement désuète, faits de gravures anciennes couleur sépia, agrandies et très judicieusement découpées puis collées les unes autres afin de s’adapter au climat de telle ou telle scène. Si bien que le spectacle se voit comme un grand livre d’images dont on tourne les pages et d’où les personnages, habillés de couleurs éclatantes, s’échappent en virevoltant.

Un peu plus tardif que le roman mais non moins romantique, l’accompagnement musical du ballet est constitué d’un florilège d’extraits d’une vingtaine d’œuvres de Jules Massenet spécialement réarrangées pour l’occasion. Outre ses grands opéras mondialement connus et appréciés comme Manon, Werther ou Thaïs (lesquels devaient comporter obligatoirement une scène de ballet selon le règlement de l’Opéra de Paris en vigueur jusque la fin du XIXème siècle), Massenet est en effet l’auteur d’un grand nombre de musiques de danse et même de véritables ballets (Les Rosati, Cigale, Espada...). Un corpus dans lequel Pierre Lacotte, qui le connaît bien, a puisé généreusement. Avec un pupitre de percussions particulièrement fourni, l’orchestre de l’Opéra de Paris donne sa pleine mesure dans la diversité des scènes qui se déroulent sur le plateau, du plus intime au plus public (et même militaire avec Julien au camp des Hussards de Napoléon durant la campagne d’Autriche !).

Le gigantisme de la production n’édulcore pas l’intensité dramatique de l’intrigue qui progresse de manière quasi haletante. Malgré quelques morceaux de bravoure et passages obligés, comme le bal chez le Marquis de Lamotte, qui se traînent un peu en longueur, Pierre Lacotte achève de nous convaincre que la danse peut tout traduire. Y compris et surtout les facettes les plus intimes des caractères et les passions les plus brûlantes.

Le Rouge et le noir, ballet de Pierre Lacotte d’après le roman de Stendhal. Chorégraphie, décors, costumes, livret : Pierre Lacotte. Arrangements et adaptation musicale : Benoît Menut
Collaboration à la réalisation des décors : Jean-Luc Simonini. Assistant aux costumes : Xavier Ronze. Lumières : Madjid Hakimi
Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris et la participation d’élèves de l’École de Danse. Et l’Orchestre de l’Opéra national de Paris. Direction musicale : Jonathan Darlington
Juqu’au 4 novembre à l’Opéra Garnier, 19h30
Réservations : www.operadeparis.fr
Photo : Svetlana Loboff

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