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Robert Hossein a quitté la scène

par Gilles Costaz

Le metteur en scène qui voulait sauver l’humanité

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L’acteur et metteur en scène Robert Hossein, né à Paris en 1927, vient de mourir, âgé de 93 ans. Fils du compositeur André Hossein (Hosseinhorf dit), formé au cours d’art dramatique de Tania Balachova, il écrivit et joua en 1946 sa première pièce, Les Voyous. Tout en interprétant à la scène Genet et Sartre, il participa dans le Paris de l’après-guerre à la popularisation d’un théâtre plus romanesque où se mêlent les influences du roman noir américain (James Hadley Chase) et la gouaille à la française (notamment avec des textes de Frédéric Dard, avec qui il fit plusieurs spectacles, de Les salauds vont en enfer, 1954, aux Brumes de Manchester, 1986). Désireux de former une nouvelle génération d’acteurs et de créer un nouveau courant tourné vers le grand public, il prit la direction du Théâtre populaire de Reims, qu’il dirigea de 1971 à 1978 : il fit connaître Isabelle Adjani, Francis Huster, Jacques Weber et met en scène de grands classiques (Les Bas-Fonds de Gorki) et des adaptations de grands romans (Crime et Châtiment de Dostoïevski).
Pour lui, le théâtre devait être aussi spectaculaire que le cinéma. Travaillant entre Reims et Paris, puis exclusivement à Paris, il poussa plus avant sa volonté de productions grandioses en réalisant ses spectacles dans certains des plus grands lieux de la capitale, surtout le Palais des Sports où il monte notamment Le Cuirassé Potemkine (1975), Notre-Dame de Paris (1976), La Liberté ou la Mort (1988), Je m’appelais Marie-Antoinette (1993), N’ayez pas peur ! (2007) et le Palais des Congrès. Il alla même jusqu’à utiliser le stade de France et ses 70 000 places, à Saint-Denis, pour y présenter Ben Hur en 2006. Ses derniers spectacles ont eu lieu au théâtre de Paris (L’Affaire Seznec, et Dominici, 2010) et aux sanctuaires de Lourdes où il mit en scène Une femme nommée Marie en 2011.
Si l’Histoire domine ses spectacles – à travers une mise en images quasi naïve de la Révolution française, de l’Empire ou de la Résistance -, l’inspiration est parfois religieuse ; Hossein a en effet consacré trois spectacles à la figure de Jésus-Christ (1983, 1991, 2000) et un au pape Jean-Paul II (N’ayez pas peur !). Car, animé par des convictions spirituelles et une conception pédagogique du théâtre, il est, au sens large, un apôtre qui entend développer la réflexion du spectateur par des soirées qui stimulent la réflexion et des œuvres où, parfois, le vote du public sollicité à la fin de la représentation est suivi d’un dernier tableau conforme au jugement des personnes présentes ce soir- là : au terme de Je m’appelais Marie-Antoinette, les comédiens interprétaient, selon le verdict des spectateurs, tantôt une scène où la reine de France était condamnée, tantôt un autre dénouement où elle était acquittée. Cette inter-activité était la marque d’Hossein qui, s’il ne faisait pas toujours « jouer » le public, était très souvent en scène comme maître du jeu, conteur, M. Loyal ou intervenant passionné.
Le théâtre populaire selon Hossein avait peu de points communs avec celui de Jean Vilar. Il était d’un fracas simple et obtenait des acteurs et des figurants des contrastes clairs à partir desquels les pistes de réflexion étaient faciles à suivre. Ce qui emportait les spectateurs, c’étaient le bouillonnement de l’action, les déplacements géométriques ou compacts des interprètes, les envolées rhétoriques des textes, l’implication musclée d’acteurs qui n’étaient pas toujours de sa « chapelle » (Jacques Boudet, Daniel Mesguich, Bernard Fresson, Jean Negroni, Hugues Quester, Pierre Hatet…) et la grande sincérité de l’entreprise. Robert Hossein, artiste profondément chrétien (il était persuadé que Dieu venait terminer ses spectacles et même la technique de la lumière une fois que lui avait achevé son travail), était la générosité même. Il aimait rendre service, être attentif, aller au secours de gens dont il apprenait le malheur. Au moment de sa disparition, nous pensons à sa veuve, Candice Patou, à ses enfants et à sa collaboratrice exemplaire, Ghislaine Dewing.
Un entretien avec Robert Hossein
Nous reproduisons partiellement l’entretien que l’acteur-metteur en scène nous avait donné pour Théâtral Magazine en 2010.
"Après Marie-Antoinette et L’Affaire du courrier de Lyon, pourquoi porter à la scène un nouveau cas judicaire, l’affaire Seznec ?
Ce fut, en 1924, à Quimper, un procès terrifiant. Guillaume Seznec, accusé d’avoir tué un conseiller général, a été condamné au bagne à perpétuité. Sans une incohérence dans le vote des jurés qui a fait recommencer le vote, il était guillotiné. Le petit-fils, Denis, qui m’a laissé totalement libre, a essayé d’obtenir la réhabilitation de son grand-père. En vain. Tous les recours ont été épuisés, Seznec ne peut plus être réhabilité. J’ai décidé de m’adresser à l’opinion publique ! Je reconstitue le procès exactement comme il a eu lieu. Les archives du procès ont brûlé dans l’incendie du Parlement breton de Rennes mais nous avons pu bénéficier des archives de Me Baudelot, qui avait gardé l’essentiel. Les deux auteurs de la pièce, Olga Vincen et Eric Rognard, ceux-là qui avaient écrit le film de télévision sur Marie Besnard qu’a joué Muriel Robin, ont aussi consulté toute la presse de l’époque. Leur texte est inattaquable.
Vous considérez donc Seznec comme innocent ?
Mais non. Je n’ai aucun avis. Je ne m’intéresse qu’à l’affaire humaine et je creuse ce qui me passionne : une affaire qui n’a jamais été résolue. On a été sans pitié. Seznec n’a pas bénéficié de la présomption d’innocence, ni du bénéfice du doute. Il n’y a pas de preuve : on n’a jamais retrouvé le corps de la victime.
Les spectateurs vont être invités à voter.
On leur donne à l’entrée un jeton portant la mention Innocent et un jeton Coupable. Leur vote est annoncé après l’évocation du vote de 1924. Mais j’ai prévu aussi un coup de théâtre que je ne peux révéler.
Comment avez-vous choisi vos acteurs ?
J’ai fait beaucoup d’auditions. Quand j’ai choisi Philippe Caroit pour Seznec, je ne l’ai pas reconnu. Je lui ai demandé ce qu’il avait fait avant. Il m’a dit : « J’ai joué votre premier Jésus-Christ au Palais des Sports ».
Vous ne jouez plus vous-même ? Avez-vous d’autres projets ?
Je refuse tout. Je laisse la place aux autres. Je voudrais juste un rôle qui me permette de sauver l’humanité de la merde dans laquelle elle est tombée."

Photo France Culture.

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