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Critiques / Théâtre

Richard ou La Nuit d’un homme né avec ses dents de Jacques Pieiller

par Gilles Costaz

Un grand enfant cruel

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Ayant relu Richard III pendant le confinement, le grand comédien qu’est Jacques Pïeiller a eu l’idée d’écrire, à partir du texte de Shakespeare, une réinvention fidèle et pourtant personnelle, de composer un solo qui soit un trio (oui, lui au centre, entouré de deux actrices démultipliant les rôles féminins de la tragédie), une approche qu’on pourrait dire douce du monstrueux. En introduction de son Richard ou La Nuit d’un homme né avec ses dents, il confie : « Je vous invite donc à écouter une bizarre histoire, où la compassion pour l’autre n’a aucune place, où le crime, le mensonge, la séduction, le ressentiment, le viol, la peur, et j’en passe, se pratiquent en ascèse rigoureuse, sans remords, avec simplicité : comme cuire un œuf dans une poêle. Partir et revenir. L’œuf est carbonisé, la poêle aussi. On jette l’œuf et la poêle. La question n’est pas l’œuf et la poêle, mais partir et revenir sur le lieu du crime dans l’opaque fumée
 du désastre, aussi innocent que le petit enfant qui vient de faire une grosse connerie, transformant le crime en acte protecteur amoureux : l’énormité simple et ordinaire du manipulateur, du pervers enfermé avec ses fantômes. »
Pieiller a créé son texte dans son propre lieu, un beau quadrilatère de bois dressé dans une vallée de la Sarthe. Le décor est comme une table infiniment allongée (mais c’est en réalité un praticable facilement transportable) où ne s’inscrit aucun signe historique. C’est sur le bois nu, au-devant d’un rideau noir, que se resserre ou se desserre le trio, ou bien le nœud au sens vipérin du terme. Richard III tire les ficelles de sa barbarie et de sa séduction, jouant avec les femmes des dynastie Lancaster et York… Jacques Pieiller est un Richard tout à fait proche du mythe mais, en même temps, très inattendu, car, au lieu d’entrer dans la noirceur du machiavélisme comme le font tous les interprètes du rôle, il va plutôt vers ta tendresse ambigüe, la caresse de velours, l’esprit amusé d’un enfant qui ne mesure pas vraiment la férocité qu’il met en œuvre. Cette composition d’un grand enfant est très originale. Claude Aveline et Françoise Lepoix endossent, comme on change de carte et comme on revient à l’atout pic ou à l’atout cœur quand il le faut, les rôles de Rose, Marguerite, Elisabeth, et l’on en oublie. En un temps compressé, Pieiller et ses partenaires opère un parcours souterrain très dense, dont l’épure rejette les froideurs de l’austérité.

Richard ou La Nuit d’un homme né avec ses dents de Jacques Pieiller d’après Shakespeare, mise en scène de l’auteur, avec Jacques Pieiller, Claude Aveline, Françoise Lepoix.

Grand Théâtre du Tilhomme, La Vasinière (Sarthe) grandtheatretilhomme gmail.com . Représentations terminées, tournée à l’étude. (Durée : 1 h 05).
Photo DR.

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