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Critiques / Théâtre

Phèdre/Jouvet/Delbo/39-45 de Jacques Kraemer

par Corinne Denailles

Une leçon de vie

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En 1940 Louis Jouvet est à Paris où il donne ses leçons de théâtre. Il a pour secrétaire Charlotte Delbo qui sera déportée en 1942, deux ans après la jeune actrice, Claudia qui répétait Dom Juan ou Phèdre avec Jouvet. Les répétitions de Dom Juan ont donné lieu au magnifique spectacle de Brigitte Jaques à partir des notes de Jouvet, Elvire/Jouvet 40, avec le regretté Philippe Clévenot et Maria de Medeiros en 1986. Une autre belle mise en scène de ce même spectacle avait été donné dans le festival off d’Avignon par Thierry Mennessier en 2000. Après la dénonciation de Claudia, jugeant qu’il ne peut exercer son art qu’en toute liberté, Jouvet s’exile pour une longue tournée en Amérique latine. Charlotte Delbo rentre en France en 1942 où elle intègre un réseau de résistance. Déportée à Auschwitz, elle fera partie des 49 femmes rescapées de ce camp. L’un comme l’autre conçoivent le théâtre comme une arme de résistance et un exercice de liberté.

Mise en perspective

Alors que Elvire/jouvet 40 se concentrait sur les leçons de Jouvet, laissant deviner la fureur du monde tapie dans l’ombre, Jacques Kraemer a choisi de mettre en perspective trois situations à partir d’un lieu unique : les répétitions de Phèdre, le récit de Charlotte Delbo qui explique comment Molière a contribué à la sauver durant sa détention à Auschwitz et le tournage d’un film sur le théâtre par Max Ophüls qui ne verra jamais le jour. La scène se passe dans un lieu obscur qui évoque les caves où s’abriter des bombardements, où se cacher pour échapper aux rafles. Evocation des juifs reclus dans les caves, avec les rats, leurs congénères selon les nazis. Les répétitions de Phèdre entre Claudia (Roxane Kasperski) et Octave (Simon-Pierre Ramon) fermement guidés par le « patron » (Jacques Kraemer) dont les commentaires distillent tout une philosophie de la vie, se déroulent sous le regard attentif de Charlotte Delbo (Clémentine Bernard). Elles se conjuguent à l’errance de Max Ophüls (Thomas Gaubiac) et aux évocations quasi oniriques de l’expérience du camp. Le sens profond du spectacle est porté par le personnage de Charlotte Delbo qui fait le lien entre les deux espaces réels et mentaux. Clémentine Bernard a admirablement pris la mesure du rôle qui éclaire le spectacle. Elle lui confère une personnalité attachante et forte à la fois ; il émane d’elle une réserve faite de douceur et de fermeté, on devine la générosité, la dignité et la force de caractère de la jeune femme. Cette mise en relation immédiate entre l’art et l’histoire, est un bel éloge du théâtre, une véritable leçon de vie : « Je vous en supplie, dit Charlotte Delbo, faites quelque chose, apprenez un pas de danse, quelque chose qui vous justifie, qui vous donne le droit d’être habillés de votre peau, de votre poil, apprenez à marcher et à rire parce que ce serait trop bête à la fin que tant soient morts et que vous viviez sans rien faire de votre vie. »

Phèdre/Jouvet/Delbo/39-45, un spectacle de Jacques Kraemer créé à Chartres (2006), présenté à Avignon (festival off 2007), avec Clémentine Bernard Thomas Gaubiac Roxane Kasperski Jacques Kraemer, Simon-Pierre Ramon. Au théâtre de l’Opprimé jusqu’au 15 mars. Du mardi au samedi à 20h30, dimanche 17h. Tél : 01 43 40 44 44.

le 17 mars à Issoudun

crédit photographique : Jean-Julien Kraemer

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