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Critiques / Théâtre

Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu

par Caroline Alexander

Au-delà de la scène, un témoignage contre l’oubli. Bouleversant et plein d’espoir

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Il est difficile d’appeler pièce ou spectacle, ce témoignage bouleversant où les mots et les images donnés à entendre, à voir et à sentir sont nés d’un vécu quasi impossible à transmettre. C’est pourtant la gageure tenue en une heure et quinze minutes sur la petite scène du Studio du Théâtre de l’Epée de Bois à Vincennes. Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu est la transposition en monologue de quelques extraits clés d’un entretien que l’écrivain Stéphane Guinoiseau eut avec le docteur Sam Braun.

Sam Braun qui vient de quitter notre monde le 1er juillet dernier à l’âge de 84 ans, avait, après quarante années de silence, su enfin trouver le courage de parler. Raconter comment en 1943, à l’âge de 16 ans, il fut arrêté à Clermont Ferrand par des miliciens français puis, via Drancy, déporté avec ses parents et sa petite sœur au camp d’extermination d’Auschwitz. Dont il revint près de trois ans plus tard, seul survivant de sa famille. Sans avoir jamais compris pourquoi et comment il avait réussi à survivre. Sans avoir jamais compris comment le mécanisme de cette indicible barbarie avait pu être élaboré par des êtres humains.

Adapté, porté en scène et interprété par Patrick Olivier, metteur en scène et comédien, le récit de Sam Braun d’abord destiné aux écoles dans la perspective, difficile, d’une pédagogie de l’Histoire de notre temps, est représenté maintenant dans de vrais lieux de théâtre.

Le pardon comme ultime leçon

Jusqu’aux derniers mois de son existence, Sam Braun participait aux représentations, répondait aux questions du public, des adolescents, des enseignants. Sans pathos, avec cette bonhomie souriante qui le caractérisait et même avec bonne humeur et esprit. Il voulait que l’on connaisse cette vérité, cette honte pour qu’on ne l’oublie jamais. Il refusait toute rancune, toute idée de vengeance. Pour lui le pardon devait servir de leçon.

L’espace scénique est nu, côté cour une tombe où brûle une bougie, côté jardin un bout de rocaille grise. Sur le mur du fond défilent par moments des images, ces images filmées par les armées alliées qui libérèrent les camps, vues et revues tant de fois depuis le film documentaire d’Alain Resnais Nuit et Brouillard. Et toujours aussi insoutenables. Des musiciens interviennent, au violon, à l’accordéon à la clarinette basse. Ils créent des pauses avec des musiques qui touchent mais qui ne pleurent pas. Des parenthèses d’apaisement.

Pour l’amour de la vie

Chemise blanche, col ouvert, Patrick Olivier raconte à la première personne. Il est Sam sans le jouer. Les mots, les anecdotes, les révélations de l’horreur et la force de continuer d’être d’un homme à peine émergé de l’enfance, qui se souvient, étapes par étapes, de cet apprentissage de la vie qui était destiné à être son apprentissage de la mort. L’étonnement, les interrogations sans réponse, la prise de conscience d’une réalité sans nom, sans définition imaginable, la fumée des crématoires, l’industrialisation du déni d’humanité, la cohabitation avec les morts... Et puis cette marche portant le même nom. Enfin le miracle de la survivance.

La pudeur de Patrick Olivier rejoint celle de Sam Braun. Elle nous traverse, elle rythme notre pouls, retient l’air que nous respirons et curieusement nous réconforte. Il est donc possible d’aller au-delà du possible et d’en parler en sérénité. L’une des dernières interventions de Sam Braun a été filmée. Son bon visage s’accroche au mur, il nous parle, il nous encourage, il nous fait don de son sourire et de son amour de la vie.

Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu, d’après les entretiens de Sam Braun avec Stéphane Guinoiseau édités par Albin Michel. Adaptation, mise en scène et interprétation de Patrick Olivier. Interprétation audiovisuelle de Claude Confortès. Musiciens : Guillaume Fontanarosa (violon), Christophe Malaval (clarinette basse) et, en alternance Samuel Zucca et Adrian Iordan (accordéon) .

Théâtre de l’Epée de Bois, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 16h - jusqu’au 2 octobre 2012

01 48 08 39 74

En tournée :
-  Le 6 décembre Espace Hillel à Lyon
-  Les 15 et 16 décembre au Théâtre de Pantin
-  Le 9 février 2012 : Les Passerelles à Pontauly-Combault

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