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Critiques / Théâtre

Occident de Rémi De Vos

par Jean Chollet

Plongée au cœur du racisme ordinaire

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Un couple féroce ouvert à deux battants. Lui, a cessé d’écrire, sa déficience littéraire ayant provoqué “son impuissance du bas ”. Pour se consoler, il picole en alternance dans ses deux bistrots favoris, Le Palace et Le Flandres. Au cours de ses virées largement arrosées, il a fait connaissance de Mohamed avec lequel il cultive une amitié ambiguë, bientôt perturbée lorsque celui-ci se laisse pousser la barbe et cesse de boire. Mais il croise aussi des Yougoslaves, qui “ des fois cassent la gueule à des Arabes” et sont à ses yeux “ les seuls décidés à sauver la France ”. Pauvre hère parano qui trouve dans son délire asocial un moyen d’exister. Elle, sous les insultes ordurières et les menaces violentes, fait front et tente de modérer les propos de son “ facho – alcoolique ” sans réussir à le convaincre que les étrangers sont “ des hommes comme les autres ”. Meurtrie et sexuellement frustrée, elle glisse dans leurs affrontements son imaginaire et ses fantasmes où elle livre son corps à “ tout le foyer Sonacotra ” Yougoslaves, Arabes et Noirs confondus. En manipulatrice, avec le but de provoquer son homme, à la fois bourreau et victime, pour enfin l’entendre dire en suppliant “ Je t’aime ”. Car, au cœur de cette misère existentielle, l’amour reste la seule valeur qui les unit dans ce combat qui les tient en vie dans la blessure de l’autre. Et, s’ils rêvent au final d’un problématique séjour balnéaire, la hache de guerre ne sera pas enterrée pour autant.

Une mécanique de précision

Créé en 2006 cette pièce de Rémi De Vos - dont le titre peut évoquer un groupuscule d’extrême-droite des années soixante – intègre une part des maux portés par la société contemporaine occidentale, le racisme, la violence, l’exclusion, la peur de l’autre et les fractures sociales. Elle le fait sous les habits d’une comédie terriblement grinçante, dont la violence et la trivialité du langage provoque des rires libérateurs sans en occulter la noirceur. Orchestrée d’une main de maître par Dag Jeanneret, la mise en scène tient à distance tout débordement de situation et rythme avec précision la dynamique du langage comme l’articulation des séquences successives entrecoupées de musiques de Vivaldi. Mais la représentation trouve toute sa résonance dans l’interprétation de deux comédiens épatants, Stéphanie Marc et Philippe Hottier, qui jonglent avec les mots avec une force percutante et une économie gestuelle significative de leur implacable combat, situé dans l’abstraction du dispositif géométrique de Cécile Marc. Dans la fluctuation des différents registres de leurs affrontements, ils révèlent avec une vitalité et un humour décapant les ressorts intimes et les conflits intérieurs qui animent la cruauté de ce couple infernal. Ce spectacle s’inscrit dans le Festival Villes, initié par Christophe Rauck au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis et ouvert sur l’univers contemporain jusqu’au 18 avril, avec notamment Les Cinq bancs de Hocine Ben dans la mise en scène de Mohamed Rouabi ou encore les chorégraphies de Hamed Ben Madi pour La Géographie du danger et de Pierre Rigal pour Asphalte.

Occident de Rémi De Vos (texte publié par Actes Sud – Papiers), mise en scène Dag Jeanneret, avec Stéphanie Marc et Philippe Hottier. Scénographie Cécile Marc, lumière Christian Pinaud. Durée : 1 heure. Théâtre Gérard Philipe Saint-Denis jusqu’au 18 avril 2010.

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