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Critiques / Théâtre

NONO de Sacha Guitry

par Marie-Laure Atinault

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Grâce soit rendue à Michel Fau de monter autre chose que « Le Nouveau Testament » !

Sacha Guitry a écrit plus de 120 pièces, il était temps de piocher dans un répertoire qui réserve bien des surprises.

D’un échec à un triomphe

1905, Saint-Valéry-en-Caux, le jeune Sacha Guitry débute au casino, non pas à la roulette mais sur scène où il joue dans La Parisienne et dans une comédie Le Député de Bombignac. Ce député sera fatal au jeune Sacha, puisqu’il enchaina trous de mémoire, bégaiements, accessoires facétieux. Bref ce fut un désastre et il fut résilié. Lui, le fils du grand Guitry voyait sa carrière de comédien compromise. Comme un enfant qui a besoin d’un cadeau pour être consolé, Sacha achète du papier et des crayons, et là commence l’aventure de Nono. Il couche sur le papier le premier acte de cette délicieuse comédie vaguement amère. La pièce est créée au Théâtre des Mathurins le 6 décembre 1905, avec dans le rôle de Nono, Blanche Toutain, l’une des gloires de l’Odéon et dans celui de Jacques Valois un tout jeune comédien Victor Boucher qui sera plus tard, tête d’affiche dans ce même théâtre. Nono est la quatrième pièce de Guitry, elle remporte un triomphe. Triomphe répété lors de la reprise avec Charlotte Lysés, en 1910. Il faudra attendre la reprise en 1931 pour que le rôle de Nono soit tenu par le rossignol des boulevards Yvonne Printemps.

Une pièce fondatrice.

Nono est une pièce passionnante à étudier, tout le théâtre de Guitry y est en germe. Le premier acte commence par une scène de ménage violente, un homme de quarante ans veut se débarrasser de sa maîtresse, plus âgée que lui. Elle est cramponnante, il est un vrai mufle. Sacha Guitry se serait-il inspiré d’une scène domestique entre son père et l’une de ses nombreuses maîtresses ? Le jeune auteur se sert de son « vécu », le salon particulier, cadre du premier acte fut celui qu’il choisit pour inviter l’une de ses premières conquêtes. Le deuxième acte se déroule prés de Trouville sur la côte normande, lieu de Villégiature par excellence pour les Guitry père et fils.
Tout est là, galanterie, séduction, le regard des domestiques, témoins privilégiés des grandeurs et petitesses de leurs maîtres, et la femme dans tous ses états. Elle est trois fois présente, il y a bien sûr Nono l’esquise cocotte, moins bête que ces messieurs aimeraient le croire car Nono sait toujours où va son intérêt. Son intérêt est sa moralité, sa ligne de conduite. Madame Weiss, la vielle et embarrassante maîtresse, est un archétype du théâtre, parfois ridicule, elle est toujours pathétique. La femme de chambre est un peu l’ingénue immolée sur l’autel du confort domestique.
La fin est d’une immoralité qui rejette toutes les conventions et met à mal la morale bourgeoise.

On n’est jamais mieux servi …..

Michel Fau est devenu metteur en scène, parce qu’il veut jouer ce répertoire. Il ose tout avec bonheur, son phrasé si particulier convient fort bien au rythme de Guitry. Il s’amuse à mettre ici ou là des indices de son admiration pour le maître. Guitry prend toute sa dimension si on respecte son texte, pour Nono, il était important de conserver l’époque de la création même si le roi de Paris avait modernisé la garde robe de ses personnages pour la reprise en 1931. Les décors de Bernard Fau sont de grandes toiles peintes qui jouent avec flagornerie la carte théâtrale sans naturalisme, et le public marche. L’arrivée de Julie Depardieu superbement habillée par David Belugou déclenche des salves d’applaudissements. Elle est délicieuse notre petite Antoinette, Nono pour les intimes, Julie Depardieu lui offre son nez mutin, un mélange de légère gouaille et de courtisanerie de salon. Difficile de lui résister ! Elle dit des vers inédits de Victor Hugo qui devrait lui offrir, non pas l’Académie, mais le rôle de la Môme Crevette. Julie Depardieu, c’est notre Arletty à nous ! Michel Fau aime la musique et sa distribution est une partition sans fausses notes. L’étonnante Sissi Duparc est la femme de chambre. Xavier Gallais joue le fils de famille obligé par ordre paternel d’abandonner sa maitresse Nono. Ce comédien additionne charme et un talent perturbateur pour certain, il n’hésite pas les grandes envolées, il a l’étoffe d’un Pierre Blanchard, les cinéphiles apprécieront. Le bonheur qu’il ressent à jouer est communicatif. Brigitte Catillon est l’embarrassante Madame Weiss, ce rôle fort est assez délicat à jouer. Il offre à Brigitte Catillon l’une de ses grandes compositions.
Nous vous conseillons vivement d’acheter le programme, il est fastueux. Ce n’est pas l’habituel condensé de publicité que les théâtres privés vendent le plus souvent, en l’occurrence il s’agit d’un ouvrage que l’on aura plaisir à garder avec une importante iconographie et le texte intégral de la pièce.

Marie-Laure Atinault


NONO de Sacha Guitry
Mise en scène Michel Fau
Avec Julie Depardieu, Michel Fau, Xavier Gallais, Brigitte Catillon, Sissi Duparc, Roland Menou, Davy Vetter
Théâtre de la Madeleine www.theatremadeleine.com 01 42 65 07 09

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