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Critiques / Théâtre

Maison mère de Phia Ménard et Jea-Luc Beaujault

par Gilles Costaz

Le combat d’une artiste avec la matière

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Les cheveux longs, les yeux cachés par des lunettes noires, le buste légèrement décolleté dans un blouson rouge, une courte jupe noire à la taille, les jambes surélevées par des bottes à talon haut, Phia Ménard arrive sur scène en athlète punk énigmatique. Elle regarde au sol des cartons en à-plats. Tout un découpage en carton. Comme un jeu d’enfant, mais gigantesque. Ou comme ces meubles qu’il faut monter soi-même et qui ne sont, sur votre plancher, qu’une série de planches auquel il faut donner le relief. Phia Ménard se met au travail. Elle relève et plie les cartons. Un volume de maison se dessine, avec ses murs et son toit, mais la bâtisseuse doit aller vite. Le matériau prend du ventre, penche, menace de se déchirer. Elle doit tout relier avec ce papier collant brun que nous utilisons tous pour nos paquets et dont elle fait, à partir d’un épais rouleau, une consommation colossale. C’est la lutte d’un artiste avec la matière. Combat avec un objet démesuré et combat avec le temps. Une géante se bat avec plus grand qu’elle ! Enfin, la maison est dressée. (Nous n’en dirons pas, pour ne pas imiter les responsables de la communication des Bouffes du Nord dont le teaser, figurant sur le site du théâtre, dévoile les deux tiers du mystère du spectacle !).
Les deux auteurs, Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault, parlent très justement de « performance ». Il n’y a aucun texte. Certains spectateurs sont décontenancés face à une forme de théâtre qu’ils n’imaginaient. C’est bien une performance physique et symbolique dont le sens est à interpréter. On y verra, évidemment, une fable sur la lutte des migrants, de tous les exclus et de ceux qui les aident avec une énergie désespérée. Phia Minard, dans cet épisode, Mère, d’un ensemble plus vaste, Contes immoraux, qu’elle a commencé à Kassel, en Allemagne, et à Athènes, et qui repose sur une technique assez complexe, réussit un grand moment de fascination interrogative.

Contes immoraux – Partie 1 : Maison Mère, performance de la compagnie Non Nova, écriture et mise en scène de Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault, scénographie et interprétation de Phia Ménard. Composition sonore d’Ivan Roussel, costumes et accessoires de Fabrice Ilia Leroy.

Bouffes du Nord, 20 h 30, dimanche 20 h, tél. : 01 48 07 34 50, jusqu’au 1er mars. Puis Chambéry, le 28 mars. Brest, les 7 et 8 avril. Gradignan le 5 mai.

Photo Jean-Luc Beaujault.

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