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Critiques / Théâtre

Mademoiselle Julie # Meutre d’âme de Mon Grégo d’après Strinberg

par Gilles Costaz

Nuit d’amour et de haine

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Mademoiselle Julie est sans doute l’une des pièces que l’on voit le plus en ce moment. Sa violence et son cri quelque peu féministe (qui vient d’un Strindberg emporté par son personnage, car son œuvre est plutôt misogyne) rejoignent les interrogations brûlantes de notre époque. Il est presque inutile de résumer une trame mythique aussi connue : une nuit de la Saint-Jean, une fille d’aristocrate, Julie, défie un domestique puis fait l’amour avec lui, avant de faire face aux déchirements intimes et au drame social causés par cette « folie » contraire à tous les usages. Ce que joue et met en scène Roxane Borgna n’est pas vraiment le texte de Strindberg, mais une adaptation de Moni Grego qui, avec une belle audace, amplifie le dialogue sauvage entre les deux personnages – Julie traite Jean de « sac à sperme » - et élimine le personnage de la cuisinière, fiancée de Jean. Ce n’est plus qu’un face à face sans pitié entre les amants d’un soir.
Moni Grégo décalait Strindberg. Roxane Borgna décale le texte de Strindberg-Grégo. Les protagonistes ne sont plus deux jeunes gens de classes sociales opposées. Ce sont deux acteurs qui jouent cette pièce et expriment leurs propres pensées à travers la pièce. « C’est l’histoire d’un couple de théâtre, écrit Roxane Borgna. Des créateurs, des dingues de théâtre, des brûlés de l’âme qui brûlent les planches pour fouiller l’humanité. Ce seraient Gena Rowlands et John Cassavettes qui cherchent l’humain dans mes ombres de notre société, ils se déchirent en scène mas ils font corps dans l’art… C’est l’histoire de ces deux-là qui racontent l’histoire de deux autres : Jean et Julie. » Dans cet univers très cinématographique (et très noir et blanc) que créent la mise en scène et la partition vidéo de Laurent Rojol, on peut penser en effet aux films de Cassavettes, en effet, et aussi à La Dolce Vita de Fellini et à son tourbillon mené par Anita Ekberg. C’est le personnage féminin qui domine. Roxane Borgna, en robe de soirée blanche au bustier dragueur, a une présence de diva ravageuse et déploie une riche palette de facettes : la passion, l’érotisme, la fureur, la brisure, le plaisir des métamorphoses. Jacques Descordes, dans le rôle de Jean, en smoking, est plus effacé, mais c’est voulu par la mise en scène : il n’est en relief qu’à certains moments cruciaux et le comédien passe habilement de la discrétion au tranchant, de la douceur à la férocité. Tout est nimbé par les projections et le rôle de l’écran qui clôt l’espace et que les interprètes traversent comme on franchit un miroir chez Lewis Carroll. Les images réunies, filmées et montées par Laurent Rojol instituent une harmonie, un climat et une capacité de suggestion admirablement appropriés. Pour le filmage en direct, on regrettera que la faible lumière utilisée, selon un principe de clair obscur très compréhensible, aboutisse, en noir et blanc, à trop de dureté dans l’agrandissement des visages.
C’est la première mise en scène d’une comédienne. Cela se sent. La maîtrise n’est pas totale. Mais le coup de poing artistique, avec le souci d’un théâtre pensé comme cérémonial, a déjà sa force et son évidence.

Melle Julie # Meurtre d’âme de Moni Grégo
d’après Mademoiselle Julie d’August Strindberg (éditions Théâtrales du Grand Sud-Ouest).
Mise en scène de Roxane Borgna
Avec Jacques Descordes, Roxane Borgna, Laurent Rojol
Univers sonore d’Eric Guennou
Mise en corps de Mitia Fédotenko
Photographies de Marie Rameau
Vidéo et collaboration artistique de Laurent Rojol

Théâtre la Girandole, Montreuil, tél : 01 48 57 53 17, jusqu’au 6 mars. (Durée : 1 h 15).

Photo Sylvie Veyrunes.

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