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Les Risées du lac d’Emmanuelle Grangé

par Gilles Costaz

Le nouveau livre d’un actrice romancière

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« Les Risées du lac » : l’auteure joue du double sens du mot « risées » en ouverture de ce roman le plus souvent situé au bord d’un lac suisse (le Léman sans doute. Y a-t-il d’autres lac facilement accessibles en Suisse ?). On rit donc dans le nouveau roman d’Emmanuelle Grangé. On rit de quelqu’un, mais de qui ? De qui se moque-t-on ? D’un homme marié, François, pas très jeune, qui a quelques maîtresses, la plupart éphémères, l’une permanente. Il a toujours vécu ainsi, entre plusieurs femmes, tout en comptant fermement sur la constance de son épouse. Il a de l’argent, de telle sorte que les grincements sont huilés et ne font guère de bruit. L’épouse s’est habituée à ce mode de vie où le confort financier corrige l’inconfort sentimental.
Mais il se produit quelque chose d’imprévu : la femme légitime et la maîtresse en titre se parlent, se comprennent, s’entendent, se voient régulièrement, après s’être cordialement détestées. François ne voit pas qu’il est pris en tenailles. Ce pourrait être l’halali. Mais les deux complices ne se liguent pas pour tendne un pièce. Elles préfèrent laisser l’homme couler de lui-même, juste aidé par une demande de divorce d’un côté et l’indifférence de l’autre. Qui gagnera ? On devine aisément qui va perdre, tandis qu’un personnage discret d’Algérien, vieil émigré blotti dans les marges de la vie, donne au récit son rayonnement d’humanité.
Puisqu’il n’y a plus de spectacle de théâtre, c’est un bonheur de saluer le livre d’une actrice qui écrit et qui est une véritable romancière (Les Risées du lac est son troisième roman). Pour mémoire, rappelons combien Emmanuelle Grangé renouvela l’interprétation des Chaises de Ionesco avec Thirry Bosc, dans une mise en scène de Bernard Lévy, à la Tempête en 2019. Sans doute moins personnel que son très beau récit paru en 2019, Amers remarquables, ce nouvel ouvrage impose son originalité dans son style à la méchanceté délicate : il avance à petites touches, et à sournois coups de griffe. Le terme de « risées » lui convient bien : les malheurs s’amplifient selon les tracés dessinés par de petites fissures, et les joies ne dépassent pas le stade des petits bonheurs. Attention : faux pastel. Sous le charmant chatoiement des phrases, c’est le machisme qu’on assassine.

Les Risées du lac d’Emmanuelle Grangé. Editions Arléa, 160 pages, 18 euros.

Photo Arléa.

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