Les Perses selon Eschyle

L’intemporel virus de l’orgueil guerrier

Les Perses selon Eschyle

Créée en 472 avant Jésus-Christ à Athènes, cette tragédie aurait pu être mont(r)ée aujourd’hui à Gaza, à Tel-Aviv, à Téhéran, à Kiev, à Khartoum… Chacun de ces lieux étant victime d’abord de l’orgueil démesuré de leaders politiques ou idéologiques.

La victoire des Grecs sur les Perses qui désiraient s’emparer de leur territoire est un des premiers exemples théâtraux de dirigeants aveuglés par un besoin de posséder, de dominer afin d’accroitre la puissance d’un homme ou de son clan. Inéluctablement, à travers l’histoire mondiale, chaque conflit né de l’obstination d’un personnage a fini par la défaite de l’agresseur à moyen ou long terme. Et ce, toujours au prix d’un nombre effrayant de morts et de blessés, d’une destruction massive d’infrastructures territoriales.

Le choix de Gwenael Morin est de s’en tenir à l’élémentaire. Aucun décor sinon le jardin accueillant la pièce. Excepté deux cercles blancs tracés au sol. L’appoint d’une flûte, d’un tambourin. Quelques objets usuels quotidiens en guise d’accessoires, qui perdent, dans leurs emballages commerciaux, une part importante de leur valeur symbolique. Quatre comédiens en sobres vêtements actuels pour être à la fois le chœur et quelques personnages.

Un écueil difficilement évitable tient au texte lui-même. Pour nos oreilles contemporaines, quantité de noms propres sont parfaitement inconnus et la pratique du chœur, surtout rythmé tel qu’il est ici pratiqué, ne donne pas beaucoup de temps pour tout saisir. Il en demeure néanmoins porteur du message essentiel, celui d’une communauté belliqueuse vaincue déplorant avoir été l’agresseur. Ce sont les erreurs qui sont commentées et leurs conséquences.

Cette pièce consacrée à la défaite perse lors de la bataille de Salamine 480 ans avant notre ère nous ramène aux conflits armés d’aujourd’hui. Parce que, s’attardant sur les pertes, les dégâts, elle ne présente nullement la guerre comme une épopée héroïque mais comme une violence aveuglée. Question de langage. Cette tragédie commence par un récit circonstancié (un peu genre témoignage de théâtre-document puisque Eschyle aurait participé activement à l’événement) et finit par des «  gémissements lugubres ».

Le quatuor de la distribution, au-delà de quelques disparités vocales, parvient à donner sa densité au chœur des vieillards garants des valeurs. Et, dans l’incarnation des personnages, mort ressuscité ou membres de la famille royale, ce même quatuor donne une présence corporelle habitée aux porte-paroles d’un moment qui fut historique.

Quant aux commémorations de guerres passées, dans notre histoire contemporaine européenne, on peut se demander quel impact elles ont sur les citoyens en vue de les rendre pacifistes. Voir la récente querelle polémique française au sujet de l’abandon possible du jour férié de commémoration de la victoire sur le nazisme du 8 mai, abandon que certains pays avaient officialisé, comme la Belgique, en 1974.

Avignon In 2025
15>25.07.2025 21h
Jardin de la Maison de Jean Vilar
Durée : 1h15

Adaptation, mise en scène et scénographie : Gwenaël Morin ; distribution : Jeanne Bred, Fabrice Lebert, Gilféry Ngamboulou , Julie Palmier ; assistanat à la mise en scène Canelle Breymayer ; lumières Philippe Gladieux ; régie générale Loïc Even ; production : EPOC productions (Emmanuelle Ossena, Charlotte Pesle Beal) ; production : Cie Gwenaël Morin - Théâtre Permanent ; coproduction : Festival d’Avignon, Maison Jean Vilar (Avignon), DRAC Auvergne-Rhône-Alpes. Photo © Christophe Raynaud De Lage
Lire  : Eschyle, Les Perses (Traduction Leconte de Lisle) : https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Perses_(Eschyle,_Leconte_de_Lisle)

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre »...

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