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Critiques / Théâtre

Les Parents terribles de Cocteau

par Gilles Costaz

Un guignol haut en douleur

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Il y a du nouveau pour Les Parents terribles de Cocteau : le texte qu’on a toujours connu, qui a servi au théâtre et dans l’adaptation au cinéma, avait l’aval de l’auteur mais ce n’était pas un texte intégral. Cocteau avait écrit une version plus riche et plus audacieuse. Pourquoi avait-il réduit son propre texte ? On ne sait pas exactement. Mais Christophe Perton, qui vient de monter une version nouvelle, a retrouvé, à l’occasion d’une vente de manuscrits de Cocteau, le texte complet. Ce manuscrit, tel qu’il a été récupéré, ne pouvait être joué ainsi car Cocteau, parfois, ne choisissait pas entre les différentes répliques qui lui venaient dans la fièvre de l’écriture. Perton propose donc une adaptation, où tout est de Cocteau, avec une ampleur nouvelle et des passages inédits. (On attend une édition du manuscrit retrouvé, cela s’impose).
La trame de la pièce est connue : dans une famille bourgeoise où l’on appelle un appartement cossu sa « roulotte », un couple profite sans gêne de l’hospitalité de la maîtresse de maison, la sœur de l’épouse. Cette femme mariée est du genre possessif. Elle ne voudrait pas que son fils aime une autre femme. C’est pourtant ce qui arrive. Stupeur et exploration. Tout le monde part voir à quoi ressemble la jeune amie du fils. Stupeur et complication : la jeune fille est la maîtresse du père. L’amour peut-il s’affirmer dans cet imbroglio ? Et la maîtresse de maison pourra-t-elle profiter de la crise pour être enfin aimée d’un amant que va délaisser sa jeune conquête ?
A résumer ainsi, l’on est en plein dans le théâtre bourgeois. Cocteau le sait, il joue avec le genre. L’intérêt de ce texte retrouvé est qu’il est plein d’échappées, qu’il n’est pas réduit à sa structure vaudevillesque. Cocteau redevient Cocteau et Perton ne met pas en scène comme Jean-Claude Brialy qui, dans les années 80, nous avait donné une bien poussiéreuse mise en scène de la pièce. Avec Perton, la scène prend feu. Les relations deviennent nerveuses, tendues violentes, jusqu’au malaise et au rire. Et, quand les répliques deviennent lyriques, la sensibilité est extrême. La situation n’est boulevardière qu’en arrière-plan, chaque personnage étant porté par l’acteur dans un total engagement. Muriel Mayette-Holtz, qu’on n’avait pas vue sur scène depuis longtemps, s’empare du rôle de la mère castatrice avec une énergie folle et sans garde-fou, mettant pleinement en œuvre ce goût du dépassement qu’elle manifestait naguère dans les mises en scène de Langhoff. Endossant, à l’opposé, le personnage discret de la sœur qui cultive en elle une amour frustré, Maria de Medeiros sait donner de l’éclat au jeu de l’ombre et insuffle une ironie joliment mystérieuse. Elle est du côté du silence quand Muriel Mayette-Holtz est dans le débondage des mots et de la passion. En mari rongé par l’infidélité, l’abandon et le coup de vieux, Charles Berling, en grand acteur qui occupe la scène autant par sa discrétion que par sa présence, dessine très bien cette dualité de la vivacité sauvegardée et de la blessure qu’on ne peut guérir. Emile Berling, qui incarne son fils (ce qu’il est dans la vie mais, au théâtre, on entre dans une autre vérité), a un allant encore vert, ce qui donne une belle authenticité au rôle du fils. Lola Créton, enfin, confère à l’interprétation de la jeune fille une intensité de tous les instants.
Ainsi la comédie bourgeoise grince-t-elle et brûle-t-elle comme un guignol poignant et douloureux.

Les Parents terribles de Jean COCTEAU
, Adaptation et Mise en scène : Christophe PERTON, avec
 Muriel MAYETTE-HOLTZ, Charles BERLING, Maria DE MEDEIROS,
 Emile BERLING, Lola CRÉTON. Scénographie de Christophe PERTON
Avec la collaboration de Barbara CREUTZ Collaboration artistique : Camille MELVIL 
Création sonore et musiques : Emmanuel JESSUA Création lumières : Éric SOYER
 Création costumes : Agnes FALQUE.

La tournée, après la création au Théâtre national de Nice et kes représentations au Gymnase de Marseille :
Belfort, le Granit : 3-4 novembre.
Bourg-en-Bresse : 6-7 novembre.
Thonon, Maison des arts du Léman : 10 novembre.
Caluire-et-Cuire : 12-14 novembre.
Versailles, Montansier : 17-18 novembre.
Auxerre : 20-21 novembre.
Amiens, la Comédie de Picardie : 24-27 novembre.
Orléans, CADO : 15-30 janvier.
Liège : 2-6 février.

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