Le médecin malgré lui

Voilà pourquoi votre fille est muette

Le médecin malgré lui

Retour sur scène d’un opéra comique oublié : Le Médecin malgré lui, farce de Molière mise en musique par Charles Gounod dans la lignée de son prédécesseur Lully. La Clef des Chants, association culturelle chargée de faire tourner des œuvres lyriques dans le Nord-Pas-de-Calais (et ailleurs...) vient de coproduire une nouvelle illustration de l’ouvrage. Une mise en scène au pas de charge en contrepoint d’une musique singulièrement légère.

Le triomphe de Faust et la popularité de son Ave Maria ont éclipsé chez Charles Gounod quantité d’opus qui pourtant méritent notre oreille et notre curiosité. Ainsi ce Médecin malgré lui composé tout juste avant Faust et qui, à sa création en 1858, tint l’affiche du Théâtre Lyrique pour plus de cent représentations. Un record pour l’époque. Suivi du record identique de son absence dans les répertoires. Sans doute lié à la disgrâce où tomba, un temps, la mode de l’Opéra Comique, c’est à dire le genre d’opéra où le chant alterne avec le parlé du théâtre de texte.
Pour ce Médecin malgré lui, les dialogues de Molière sont restés quasiment intacts, les librettistes Barbier et Carré n’ayant apporté leur grain de sel que dans les morceaux chantés.

Bastonnade et comédie de dupes

Le bûcheron Sganarelle bat sa femme Martine selon le vieil adage qui dit "bats ta femme tous les jours, si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait". Mais cette Martine-là ne le sait pas et veut se venger des coups reçus. Au hasard d’une rencontre avec deux envoyés en quête de médecin, elle va en trouver le moyen : "Mon homme est médecin mais il ne l’avoue s’il est battu" dit-elle. Va donc pour la bastonnade et pour la comédie de dupes chez Géronte, dont la fille amoureuse transie refuse de parler. "Voilà pourquoi votre fille est muette" la réplique, entrée dans le langage commun, est plus célèbre que la pièce.

Musique allègre et charmante

Sur les malentendus, quiproquos en cascade et la satire du monde des médecins avec lequel Molière eut quelques comptes à régler, Gounod composa une musique allègre et charmante, une partition toute de gaieté qui séduisit Stravinsky, Satie et même Richard Strauss. Bruno Membrey, patron du Conservatoire de Tourcoing et directeur musical du Théâtre de Tourcoing la dirige sans forcer le trait, soutenant les chanteurs en accompagnement discret. A l’opposé d’une mise en scène foraine truffée de gags à répétition dans des décors d’une rare laideur. Le chapeau pointu de médecin, balancé à la verticale à hauteur de braguette assure les fous rire des lycéens tout comme sa cape géante où s’abritent ses fredaines supposées avec la servante Jacqueline.

Le plaisir d’une troupe cohérente

Alain Germain se proclame metteur en scène, décorateur, costumier, chorégraphe et auteur de polars. C’est beaucoup pour un seul homme. Sa forêt d’arbres en carton trouverait sa place dans les soldes de Disneyland et la maison bourgeoise de Géronte transformée en palais de faux marbre avec chemin de ronde pourrait servir à un opéra séria d’amateurs parvenus.
Reste le plaisir d’une troupe cohérente où les chanteurs savent se faire comédiens sans fausse note. On y retrouve Karine Godefroy qui fut une savoureuse Lotché dans le Dr.Ox d’Offenbach, l’année dernière à l’Athénée, Christine Tocci, fidèle pensionnaire du festival de Saint Céré et surtout, le baryton Arnaud Marzorati qui, comme monté sur ressorts, passe du répertoire baroque, dont il est un habitué, à cette pantalonnade déchaînée dont son jeu de clown et son timbre souple épousent toutes les cabrioles.

Le Médecin malgré lui, de Charles Gounod, d’après Molière. Mise en scène, décors, costumes et chorégraphie d’ Alain Germain, orchestre du grand Théâtre de Reims, direction Bruno Membrey, avec Arnaud Marzorati, Karine Godefroy, Mathieu Lécroart, Christine Tocci, Cyril Auvity,Vincent Billier, Isabelle Fallot, Thierry Cantero, Johann Le Roux. En tournée jusqu’au 13 mars : Valenciennes (27 janvier), Reims (29,30,31 janvier), Boulogne-sur-Mer (5 février), Massy (12,13 février), Vichy (27 février) et Tours (12,13 mars). Production La Clef des Chants - www.laclefdeschants.com.

Photo : Frédéric Iovino

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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