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Critiques / Théâtre

Le mariage de Figaro de Beaumarchais

par Corinne Denailles

Un travail d’orfèvre servi par une troupe formidable

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Du brio

Dans chacune de ses mises en scène Christophe Rauck sait associer la singularité de l’angle à la pertinence du point de vue. Il avait émaillé Le Revizor de Gogol de chansons inattendues, composées par Rémi de Vos, qui créaient un joli décalage, en plus des malices de distribution et des surprises de la scénographie. Son Dragon d’Evgueni Schwartz était tout aussi enlevé. C’est peut-être cette grâce particulière qui caractérise son travail et que l’on retrouve dans cette mise en scène du Mariage de Figaro, un registre bien différent pour un exercice beaucoup plus périlleux. Cette folle journée de Figaro, qui inspira si brillamment Mozart, est fort complexe à mettre en scène tant elle comporte de fils différents et de chausse-trapes où se casser le nez et ennuyer le spectateur.

On sait la pièce politique, volontiers insolente, Edouard Molinaro n’avait-il pas titré son film avec Fabrice Luchini Beaumarchais l’insolent ? Pourfendeur de l’Ancien Régime, créateur de la Société des auteurs, Beaumarchais a écrit le Mariage pour répondre à une commande, une suite à la vie du Figaro du Barbier de Séville. En 1784, la censure royale n’a pas goûté l’humour et a interdit la pièce. Depuis, Antoine Vitez en a donné une belle version en 1989, à la Comédie-Française, qui réunissait, entre autres, Richard Fontana, Dominique Constanza, Geneviève Casile, Jean-Luc Bideau.

Voi ché sapete che cosa è l’amor

Anne Kessler, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz

Au commencement était l’amour. Un valet brillant, ingénieux et honnête homme se met en travers du chemin de son maître qui consent au mariage de Figaro avec Suzanne pourvu qu’il jouisse de cet ancien droit de cuissage. Figaro, assisté de Suzanne et de la femme du comte, n’aura de cesse de brouiller les cartes pour arriver à ses fins. Le valet renverse les rapports de force, les femmes bousculent les relations entre sexes, tout ceci dans un climat de joyeux libertinage. Christophe Rauck s’est essentiellement intéressé aux relations entre les personnages, laissant en toile de fond l’arrière-plan historique. Sur l’immense plateau presque nu de la Comédie-Française, quelques toiles peintes, de lourdes tentures rouges, des costumes, montent et descendent des cintres, figurant une porte, un lit, décors ostensibles qui s’avouent comme tels, esquissant un cadre de jeu porteur de signes.

La 2e partie se joue dans la pénombre d’un jardin, entre mensonges et vérités, encombré des ombres du pouvoir social. La mise en scène qui allie rigueur et générosité négocie avec agilité les éventuelles pesanteurs de la pièce. Les choix de la distribution sont impeccables. Sous les traits de Laurent Stocker Figaro c’est du vif-argent. Virevoltant par instants, parfois grave, quand, à la fin de son monologue, morceau d’anthologie où il raconte sa vie et fait un célèbre éloge de la presse (« sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », devise du journal Le figaro), il installe une émotion inattendue.

Anne Kessler est une Suzanne pétillante, la vivacité intelligente, la grâce malicieuse. Michel Vuillermoz guinde son comte comme il faut et le jeune Benjamin Jungers est un Chérubin délicieusement coquin. La droiture et l’honnêteté caractérisent la comtesse interprétée avec finesse par Elsa Lepoivre. Martine Chevallier est une Marcelline rude et tendre. Ainsi, les personnages bien croqués, sans aucune caricature, nouent et dénouent les fils qui les lient ou les entravent, entre ombre et lumière, avec tant de subtilité que les situations en deviennent universelles, d’une modernité naturelle. Un travail d’orfèvre servi par une troupe formidable.


Le Mariage de Figaro
de Beaumarchais, mise en scène Christophe Rauck, avec
Martine Chevallier Anne Kessler Michel Robin, Christian Blanc, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Bakary Sangaré, Grégory Gadebois, Benjamin Jungers, Prune Beuchat et Dominique Compagnon, Nicolas Djermag, Imer Kutllovci. A la Comédie-Française, en alternance jusqu’au 27 février 2008. Tél : 0825 10 16 80.

www.comedie-francaise.fr

Crédit photos : Cosimo Mirco Magliocca

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1 Message

  • Le mariage de Figaro de Beaumarchais 14 janvier 2008 20:25, par krauzeure

    Magnifique article ! Je suis entièrement d’accord, tous m’ont fait rever, rire, pleurer pendant ces quelques heures trop courtes malheureusement. J’espère qu’on nous donnera l’immense chance de pouvoir la revoir à la télévision tout comme Cyrano de Bergerac !
    Je serais vraiment déçue si je ne pouvais pas encore et encore apprecier cette pièce, et le jeu de ses acteurs.
    Bref tout ça pour dire que j’ai adoré ! :p

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