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Le Roman de La Luna de Christophe Mory

par Gilles Costaz

Les capitaines Fracasse d’aujourd’hui

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On ne voit pas les enfants grandir. Et les théâtres pas davantage. La Luna, qui est l’un des lieux les plus vivants du off d’Avignon (même s’il reste fermé cet été, comme à peu près tous les théâtres de France), n’en fêtera pas moins, mais sans bruit, ses 30 ans. Heureusement, un livre conte l’histoire de cette boîte à mirages, Le Roman de La Luna, qui s’est créée en en 1990 et a même installé quelques salles satellites autour d’elle, dans le quartier que le chroniqueur appelle l’orient de la ville. A Avignon, tous les théâtres importants n’ont pas leur livre d’archives. Ni le Chêne noir des Gélas, ni les Halles de Timar, ni le Balcon de Barbuscia, ni le Chien qui fume des Vantaggioli n’ont leur monument littéraire… Plus jeune, la Luna fait déjà valoir son passé avec cet ouvrage témoignage.
Christophe Mory est journaliste mais a été aussi éditeur (L’Oeil du Prince) et libraire, spécialisé dans la littérature dramatique. Il connaît le terrain, et il ne se cantonne pas au in, comme tant d’autres. Mais tout apprendre sur la Luna n’est pas si aisé. Ses responsables ne sont pas des rois de la communication. Ils aiment les artistes et le public. Ils ne sont guère soucieux de la presse. Mais Mory a su franchir les coulisses.
Au départ, il y a deux jeunes gens formés à la dure école des bars et des bureaux d’affaires d’Avignon. Dominique Tesio, qu’on appelle Domi, et Stéphane Marteel, dont on contracte le prénom en Stef, observent les gens de théâtre de près et de loin. Ce milieu leur plaît, ils vont y entrer, y apporter leurs dons. Gérard et Danielle Vantaggioli ne les voient pas sous l’angle de concurrents, ils les conseillent. Et c’est parti, le jeune homme se passionnant pour les projets d’artistes et effectuant en hercule d’innombrables travaux, la jeune femme se transformant peu à peu en directrice avec un œil aiguisé qui prévoit les succès, les échecs et les exigences de l’avenir. Une petite dizaine d’années plus tard, Stéphane Baquet - de l’illustre famille des Baquet : Maurice Baquet était un grand comique acrobatique du temps de Prévert, Grégori est aujourd’hui l’un de nos plus grands acteurs - les rejoint pour participer à l’impulsion et aux décisions. Malheureusement, un soir de juin 2017, Steph Maartel se tue à moto. La Luna continue, sans lui, sans qu’on l’oublie.
On ne peut évoquer tous les spectacles créés à la Luna ou passés par là. Les troupes les plus effervescentes et les artistes les plus connus s’y sont produits. Christophe Mory établit les annales de cette histoire fourmillante. Il la conte de façon très large, voyant le off dans son amplitude, de sa naissance (Benedetto, Gélas) à la frénésie de l’ère moderne. Ce qu’il décrit, c’est surtout les heurs et malheurs des capitaines Fracasse d’aujourd’hui : comment on jette sa vie sur scène, comme on s’y brûle et comment, parfois, on y renaît. De l’inexpérience à la maîtrise, de la jeunesse à la maturité, de la fièvre brouillonne à la passion savante, tout est dit de cette humanité qui préfère la réinvention de la vie à la vie telle qu’elle est. Christophe Mory la cadre en gros plans, et l’on entend même la bande-son de ce que les murs entendent entre les loges et la scène.

Le Roman de La Luna, Histoire d’un théâtre d’Avignon, de Christophe Mory. Editons L’Harmattan, 162 pages, 17,50 euros.

Photo Babelio : Christophe Mory.

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