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Critiques / Théâtre

Le Prince de Hombourg

par Stéphane Bugat

L’erreur fatale

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Il n’y a rien d’étonnant à ce que Daniel Mesguich se soit pris de passion pour cette pièce de Heinrich von Kleist et pour son personnage principal. Et comme il sait pas faire les choses à moitié, il signe lui-même la traduction du texte qu’il met en scène.
Auteur reconnu Outre-Rhin, Heinrich von Kleist fut surtout, de son vivant (1977/1811), un caractère fort et peu conformiste. Issu d’une prestigieuse lignée de généraux prussiens, il rompra pourtant avec l’armée, s’y contentant d’un grade de lieutenant avant d’emporter avec lui une vision épique du fait militaire. Poète, nouvelliste et dramaturge, il se heurtera souvent à la censure ce qui, s’ajoutant à ses infortunes sentimentales, contribuera ensuite à une existence bien peu sereine. Ainsi, lorsque la princesse de Hesse-Hombourg, la belle-sœur du roi, fit savoir qu’elle n’appréciait guère la manière dont il présentait son ancêtre dans ce Prince de Hombourg dont il lui avait fait parvenir le manuscrit, il fut amèrement déçu.

Réflexion sur la rançon de la gloire

Il a pourtant fière allure ce guerrier rêveur, amoureux transi de sa cousine, la radieuse Natalie d’Orange et qui, à la tête de la cavalerie, remporte une incertaine bataille face à l’armée suédoise. Seulement, avec cet acte de bravoure, il a aussi désobéi aux ordres stricts du Grand Electeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg. Le voici donc condamné à mort, ce qui déclenche un généreux mouvement de solidarité parmi ses pairs, mais le conduit surtout à une réflexion aussi profonde que tourmentée sur la rançon de la gloire, l’exercice du pouvoir et sur le sens de la vie. Du coup, après s’être vigoureusement révolté contre cette sentence qu’il juge profondément injuste, après avoir même renoncé à son panache pour supplier qu’on le gracie, par un soudain retournement de point de vue et comme saisi par la nécessité de se construire une gloire pérenne, il se fait l’ultime adepte de ce verdict qui en le privant de la vie, lui dessine une légende.

Un ardent mélange de fougue et de rêverie

La prose de Heinrich von Kleist est à la mesure de ce personnage hors du commun et aussi pour le moins hors de la réalité : on y trouve un ardent mélange de fougue et de rêverie, le goût de l’épopée mais aussi, à l’occasion, quelques accès de réalisme qui donne au propos une troublante ambiguïté. Daniel Mesguich organise tout cela avec une succession rapide et dynamique de tableaux, ce que rend possible un décor articulé sur quelques éléments simples et spectaculaires. Il a aussi apporté un soin particulier aux costumes absolument éblouissants, réalisés par Dominique Louis. Ce recours, qui lui est parfois reproché, aux miroirs, à la vidéo et autres artifices scéniques n’a ici rien d’excessif. Et il n’hésite pas à dicter à ses comédiens quelques clins d’œil joyeusement dérivatifs, lorsque la pièce tend à s’engoncer dans un lyrisme par trop formel. Il y a donc là tout ce qui convient à un spectacle de belle facture, y compris ces interprètes qui sont tous parfaitement dans le ton, dans le rythme et dans l’intelligence d’un texte de haut vol, à l’instar de l’excellent Xavier Gallais, qui souligne bien l’autorité et les contradictions du Grand Electeur qui, en réalité, n’approuve jamais une décision contre laquelle il ne peut pourtant pas aller, sauf à prendre le risque de compromettre le fondement même de son autorité.

Tous excellents sauf un

Philippe Noël, pour sa part, est parfaitement réjouissant dans le rôle de Kottwitz, vieux militaire et fidèle second du Prince. Bref, ils sont tous excellents sauf un, ce qui suffit malheureusement à faire sombrer cet édifice plein d’atouts et de promesses. Car Daniel Mesguich a confié le rôle-titre à son fils William, lui-même homme de théâtre imaginatif, sympathique et généreux, mais certainement pas acteur à la mesure du personnage. Manquant cruellement de charisme et de souffle, d’une voix aigrelette toujours en surrégime et ne trouvant même jamais vraiment le phrasé juste, le jeune homme, malgré toute sa bonne volonté, n’est en rien à la mesure de ce Prince romantique et orgueilleux, rôle difficile assurément. Dès lors, quelques minutes suffisent pour que s’effrite piteusement la mécanique élaborée par Daniel Mesguich. Ce qui devait nous emporter devient exaspérant. Pour compréhensible qu’elle soit, cette erreur de distribution qui confine à l’aveuglement n’est guère pardonnable.

Le Prince de Hombourg, de Heinrich von Kleist, traduction et mise en scène Daniel Mesguich, assistante Charlotte Bouteille-Meister, direction technique et lumières Patrick Méeüs, costumes Dominique Louis, scénographie Jean-François Gobert, création son Jacques Cassard, maquillages Rebecca Zeller. Avec Catherine Berriane, Alexandre Ferrier, Xavier Gallais, Jean-Louis Grinfeld, Claudie Guillot, Elsa Mollien, Philippe Maynat, William Mesguich, Philippe Noël, Laurent Prévot, Grégory Quidel et Thibault Vinçon. Théâtre de l’Athénée, jusqu’au 23 avril 2005. Tél : 01 53 05 19 19. Théâtre National de Marseille - La Criée, du 12 au 22 mai. Tél : 04 91 54 70 54. Scène Nationale de La Rochelle-La Coursive, les 25 et 26 mai. Tél : 05 46 51 54 00.

Photo : Rodolphe Bugat

Légende photo : Daniel Mesguich

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