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Le Point de rupture et Reconstitution d’Agatha Christie

par Gilles Costaz

Les "murders parties" de la vieille dame

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Dans nos esprits, l’image d’Agatha Christie est toujours celle d’une vielle dame. Gardons ce cliché en nous puisque les deux pièces de la reine du huis clos à l’anglaise, que l’Œil du prince nous fait la surprise de publier, sont assez tardives dans sa production. Le Point de rupture est de 1945 et Reconstitution est de 1960. Quand on sait que notre auteure est née en 1890 (et morte en 1976), on voit que ces œuvres relèvent de sa maturité, et aussi d’une allégresse de star de l’écriture, trop heureuse d’adapter ses romans à la scène, pour des raisons financières certainement, et de subir la pression de producteurs et d’artistes quasi certains d’obtenir de grands succès publics. Dans Le Point de rupture, des gens huppés se retrouvent sur la terrasse d’une maison posée en surplomb d’un estuaire, à Saltcreek (Etats-Unis). Une lady en fauteuil roulant reçoit ses familiers. Mais, entre la première et la seconde femme de son meilleur ami, les amis de passage et les domestique, qui est l’auteur du crime qui arrive ? Dans Reconstitution, l’action se passe à Londres : une jeune femme vient enquêter sur le meurtre lointain de son père et surtout sur la culpabilité de sa mère qui a été condamnée pour ce crime. Seize ans après les faits, elle réunit toutes les personnes qui étaient là au moment du drame. Du feu des conversations jaillit une autre vérité que celle qu’avait établi la Justice.
Le dialogue est juste, habile, net, dans la traduction vive de Sylvie Pérez et Gérald Sibleyras. Bien sûr, l’humanité selon Agatha Christie est faite des archétypes de la bourgeoisie et de l’aristocratie. Et la mécanique aujourd’hui bien rétro. Aux plaisirs de l’énigme à déchiffrer s’y ajoute l’amusement d’y voir une société disparue, comme elle peut l’être dans les pièces de Sacha Guitry ou Edouard Bourdet (sans le parfum très british de ces murder parties). Les hommes sont des séducteurs maladifs et les femmes sont mondaines ou calculatrices. Les textes sont longs, mettent en jeu beaucoup de personnages. On se demande si ce n’est pas plutôt le théâtre amateur qui se réjouira de monter ce théâtre qui propose tant de rôles divers (mais on a vu de grandes salles privées revenir récemment à l’auteur de La Souricière et pourraient bien renouer avec cette atmosphère élégante et vénéneuse) . L’éditeur annonce qu’il publiera d’autres pièces policières d’Agatha Christie : il en mettra huit à son catalogue. Ce répertoire est daté et pourtant inusable, irrigué d’un poison dont on ne se lasse pas.

Théâtre d’Agatha Christie : Le Point de rupture, 224 pages. Reconstitution, 204 pages. Traductions de Sylvie Pérez et Gérald Sibleyras. Ed. Œil du prince , 14 euros le volume.

Photo DR.

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