Le Paradoxe du désir d’Ana-Maria Bamberger
Faire jouer sa pièce ? Toute une comédie !

Jouée dans de nombreux pays, l’auteure roumaine Ana-Maria Bamberger n’a pas souvent vu ses pièces représentées en France. Heureusement, à Paris, la comédienne-metteur en scène Codrina Pricopoaïa veille. Après Parler avec toi, elle monte et reprend Le Paradoxe du désir, nous confirmant ainsi que Bamberger est un écrivain indispensable pour notre plaisir de spectateur attaché aux comédies authentiquement subtiles et faussement légères. C’est une pièce sur le monde du théâtre : le théâtre adore parler de lui-même, et nous adorons que le théâtre se regarde dans ses miroirs. Un romancier, qui a écrit sa première pièce, la propose à une actrice connue. Celle-ci est d’accord, veut bien partager l’affiche avec un acteur aussi célèbre qu’elle mais tique sur la fin qui n’est pas un happy end. Une assistante se met à troubler le jeu et le projet recule au lieu d’avancer…
Rien que la mise en scène de Codrina Popoaïa est une fête pour l’esprit : avec quatre chaises en ligne droite, toute l’action physique et mentale de la pièce est trouvée ! Un exploit ! Quatre excellents interprètes portent la soirée sans jamais dévier d’un jeu plaisant mais sans facilité aucune : Geoffroy Vernin campe l’auteur comme si, à chaque seconde, il sortait de sa solitude pour découvrir une humanité imprévue ; Codrina Pricopoaïa est l’actrice vedette qui fait de ses caprices et de ses roueries tout un feu d’artifice ; Samy Rahal compose, lui, l’acteur star dans une logique opposée : il ne s’attarde pas, file, économe du temps et des gestes au milieu des beaux parleurs ; Alexia Séféroglou dessine habilement une attitude différente : sous son style d’universitaire rigoureuse, son personnage triche autant que les autres personnages. Pour chacun, il s’agit moins de servir un texte que ses désirs. Ana-Maria Bamberger montre de scène en scène que, dans une production de théâtre, l’auteur et son œuvre sont les dernières roues du carrosse. Monter une piéce est un parcours de combattant, mondain mais impitoyable. On le savait mais voilà qui est exprimé avec une drôlerie et une justesse qui sont toujours au cœur de la cible.
Le Paradoxe du désir d’Ana-Maria Bamberger, mise en scène de Codrina Peicopaïa, avec Geoffroy Vernin, Codrina Pricopaïa, Samy Rahal, Alexia Séféroglou.
Le Mélo d’Amélie, 01 490 26 11 11. Tous les dimanches à 15 h, jusqu’au 29 mars.
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