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Critiques / Théâtre

Le Nom du père

par Stéphane Bugat

Le poids de la mémoire

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Avec Le Nom du père, l’auteur algérien Messaoud Benyoucef signe l’ultime volet d’une trilogie, dont chaque élément peut cependant être apprécié isolément. Une trilogie conçue autour d’un thème évidemment fondamental : la mémoire. Pas celle qui alimente la nostalgie mais celle dans laquelle l’avenir prend ses racines. « Car pour que le passé devienne histoire, insiste Messaoud Benyoucef, il faut acquérir un sens, une unité et une cohérence que seul le présent peut lui conférer, mais un présent « adulte » et apaisé, un présent qui aura su dépasser ce qui ne passait pas. » En fait, Le Nom du père comprend deux parties assez distinctes. Dans un premier temps, l’auteur présente un jeune homme, fils de harki, manifestement intelligent et même charismatique et pourtant incapable de quitter durablement ce camp des alentours d’Aix-en-Provence où sa famille survit depuis qu’elle a quitté son pays dans le sillage d’une armée française en déroute. Incapable de choisir entre les divers prénoms qui traduisent l’absence d’une claire identité, il choisit donc de se faire appeler SNP (sans nom patronymique). Et s’il reconnaît ceux qui lui tendent la main (une enseignante, sa petite amie), il reste convaincu que tout est fait pour le tenir à l’écart du monde réel, celui où il aspire évidemment à trouver sa dignité d’homme.

Un sujet sensible et complexe

Ce gaillard-là, avec sa quête d’absolu, est la cible idéale pour les recruteurs des armées engagées dans nos modernes guerres de l’ombre. D’un côté, les commandos qui se lèvent au nom du fanatisme religieux, d’un autre, le cynisme des services secrets agissant sous prétexte de sauvegarder l’ordre établi et la sécurité du monde. Pourtant, le choix n’est jamais simple lorsque l’on se laisse embarquer dans cet engrenage infernal. C’est ce que SNP découvre dans la seconde partie de la pièce. Devenu cadre militaire du GIA dans le maquis algérien, il est aussi agent double. Mais ce qu’il découvre, c’est que les agissements monstrueux qu’il doit ainsi cautionner ne sont que le simulacre d’un jeu de manipulations, dont les principales victimes sont les civils, et surtout les pauvres, ceux qui n’ont rien à voir avec les forces en présence. À l’évidence, Messaoud Benyoucef s’attaque ici à un sujet sensible et complexe. Une complexité quelque peu contradictoire avec les contraintes du théâtre et des moyens dont il dispose. Ce qui fait qu’il n’échappe pas complètement au piège du manichéisme.

Belle implication des comédiens

Ce qui frappe aussi, c’est la manière dont il tente de faire voisiner une écriture assez élégamment classique avec des références à un langage supposé être celui des banlieues. Tout cela ne suffit heureusement pas à altérer l’ambition et la pertinence du propos. D’autant que les comédiens qui participent à la création de cette pièce, telle qu’elle vient d’être présentée au Théâtre Le Passage, à Fécamp, dans le cadre du Festival Théâtre en Région, font preuve d’une belle implication. La mise en scène de Claude-Alice Peyrottes, elle, se distingue d’abord par les divers éléments du dispositif scénique, à commencer par les projections vidéos en fond de scène pour mieux installer le contexte de l’action. Elle souffre cependant d’un manque de nuance dans la direction d’acteurs. De même, la proximité avec l’auteur l’a probablement dissuadé d’abréger quelque peu les développements de la seconde partie, ce qui n’aurait pourtant nuit ni à la compréhension, ni surtout à l’efficacité du propos. Ces quelques imperfections, qui peuvent encore être corrigées, ne doivent cependant pas masquer la pertinence et la brûlante actualité d’un spectacle qui nous plonge avec acuité au cœur d’une troublante réalité.

Le Nom du père, de Messaoud Benyoucef, mise en scène et scénographie : Claude-Alice Peyrottes, collaboration artistique : Patrick Michaëlis, assistante coordinatrice : Brigitte Corre, lumières : Jean-Frédéric Beal, musique : Niobé, costumes : Agnès Accard, son : Stéphane Accard, régie générale : Mathieu Houlet, avec : Alice Béat, Jean-Guy Birota (en alternance avec Patrick Michëlis), Nordine Hassani, Lyazid Khimoun, Fabienne Margarita, Gilles Najean et Niobé.

Création au Théâtre Le Passage à Fécamp, jusqu’au 25 février. Tél. 02 35 29 22 81. Tournée dans le cadre du Festival Théâtre en région : Cantenleu (76), le 18 mars (tél : 02 32 83 40 12), Evreux (76), le 24 mars (tél : 02 32 83 40 12), Le Havre (76), les 29 et 30 mars (tél : 02 35 19 10 10), Palaiseau (91), le 2 avril (tél : 01 69 31 56 20), Morsang-sur-Orge (91), le 16 avril (tél : 01 69 72 20 30), Evry (91), les 21 et 22 avril (tél : 01 60 91 65 65) et au Théâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie de Paris, du 11 mai au 12 juin (tél : 01 48 08 39 74).

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