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Critiques / Théâtre

Le Destin moyen d’un mec fabuleux de Laurent Madiot

par Gilles Costaz

Comme un enfant dans un parc à jouets

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Vous connaissez les affiches de spectacle polonaises ? Vous savez, celles où cirque s’écrit Cyrk et où tout est à la fois joyeux et inquiétant ? Elles étaient à la mode en France autrefois. On ne les voit plus guère à présent. Elles n’ont rien perdu de leur coup de poing graphique, avec leur trait qui trouve l’âme sous la figuration grotesque. Cet art des rues façon varsovienne ou cracovienne plaît tant à l’humoriste Laurent Madiot qu’il en a fait le socle du récit qu’il joue seul en scène, Le Destin moyen d’un mec fabuleux. Son personnage marche dans la rue, un peu déçu par les placards publicitaires de nos villes, et veut les remplacer par ces affiches polonaises qu’il entreprend de colorier quand elles ne sont que du dessin noir sur des fonds blancs. Il se heurte au fait que les mannequins de nos réclames qu’il voudrait dissimuler sont des femmes charmantes ; alors il se contredit. Du moins, cette trame est-elle le fil rouge – d’ailleurs, il est beaucoup question de fil rouge pour que le spectateur ne s’égare pas trop dans cette marelle de digressions – d’un show où le héros en t-shirt rayé et veste grise aux rubans orange circule parmi les objets comme un enfant dans un parc à jouets. Parfois on l’appelle d’une cabine téléphonique fantaisiste. Là ou ailleurs, il propose « un moment d’ennui » (très court !), dit que le monde va trop vite, qu’il faudrait réhabiliter la beauté et la gentillesse et, lorsqu’est venu le moment de conclure, il nous quitte sur une chanson, Grosso modo, dont tous les vers se terminent sur une idée heureuse formulée par un mot chargé d’un "o" en sa dernière syllabe.
L’homme est un agent double puisqu’il est à la scène l’un des chanteurs du groupe les Fouteurs de joie et, à la scène aussi mais dans un autre registre, un amuseur interprétant son propre texte (co-écrit avec Aude Léger). L’apport du chanteur – et du musicien qui utilise toutes sortes d’instruments - n’est pas négligeable puisque les chansons sont belles et qu’elles nous parlent d’amour ou de bord de mer. Laurent Madiot a aussi avec lui, picorant sur sa veste, un oiseau (un faux, bien sûr). C’est le symbole de cette légèreté profonde et de cette affection toujours comique et toujours ailée qui le définissent. C’est un frère de Prévert, Baquet, Avron, Morel (François). Par conséquent, un ami idéal.

Le Destin moyen d’un mec fabuleux de et avec Laurent Madiot, mise en scène et collaboration à l’écriture d’Aude Léger, scénographie et costumes de Jane Joyet, lumières de Léandre Garcia Lamolla.

Studio Hébertot, 19 h le lundi, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 10 novembre. (Durée : 1 h 05).

Photo Bernard Collet.

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