La soeur de Jésus Christ de Oscar de Summa
Un seul-en-scène hollywoodien

Un fait divers parmi tant d’autres. Une femme abusée décide d’affronter son agresseur, usant de la violence contre la violence.
Dans un village italien, Maria est la sœur de Simeone surnommé Jésus à cause de son physique mais aussi parce qu’il interprète le rôle du Christ dans une manifestions rituelle annuelle du vendredi saint. Aujourd’hui, armée d’un Smith & Wesson 9mm, Maria est bien décidée à répondre à la violence que lui a fait subir Angelo. Implacable, elle avance vers le lieu où se trouve son agresseur. Peu à peu les habitants du patelin se mettent à la suivre ; les uns tentant de la persuader de renoncer et les autres l’encourageant à aller jusqu’au bout de sa colère.
Un narrateur comédien, Félix Vannoorenberghe, sorte d’aède contemporain, assiste à cet épisode digne d’un western à la Sergio Leone. Il décrit ce qu’il voit. Il s’empare des commentaires, des confessions, des réactions des villageois. Il s’inscrit à même la durée de la tension qui se propage à travers la foule. Il est reporter en direct autant que dramaturge. Il passe d’un personnage à l’autre sans tomber dans le piège des voix contrefaites, des caricatures de la farce. Ce qui rend son discours infiniment crédible. C’est une véritable performance accompagnée par les musiques jouées en direct à l’accordéon, au violoncelle et au clavier par Florence Sauveur.
Ce sont là les trois ingrédients de base qui nourrissent cette création théâtrale : un texte dont la mélodie atteste qu’il a été écrit pour être dit ; une histoire dramatique reliée à la tendance sociétale actuelle à se préoccuper des violences sexuelles et des vestiges d’un patriarcat despotique ; un duo d’interprètes en connivence de conviction mis en scène avec une précision méticuleuse par George Lini.
Deux éléments viennent s’ajouter pour faire de cette réalisation une réussite exceptionnelle. Le premier c’est la projection récurrente sur l’écran géant du fond de plateau d’un texte théorique de réflexion sur le fonctionnement des conflits. Sorte de recul pris en contrepoint de la violence en train de croître. Le second est une scénographie évolutive qui grignote l’espace, le rend polychrome, le dote d’éclairages révélateurs, permet de concrétiser la présence des villageois aussi fortement que dans une production cinématographique à grand renfort de figurants.
Message bien reçu. Reste à décider, au creux du quotidien comment se conduire, comment réagir pour espérer avoir un impact contre les violences multiples qui nous agressent, pour aider à gommer les inégalités sexistes, pour accepter la liberté de choisir , pour supprimer des rapports de force hérités d’habitudes culturelles obsolètes parce que réductrices et injustes.
Durée : 1h30
Festival Off Avignon
Théâtre des Doms 05>26.07.25
En salle 16h15
Tournée :
12.03.2025 Maison de la Culture Tournai (Be)
08-09.04.2025 Maison culturelle Ath (Be)
17.04.2025 Centre culturel Verviers (Be)
02>07.06.2025 La Vénerie Watermael-Boisfort (Be)
Texte :Oscar de Summa ; traduction : Federica Martucci ; mise en scène : Georges Lini ; distribution : Félix Vannoorenberghe ; musicienne et compositrice : Florence Sauveur ; collaboration dramaturgique : Nargis Benamor ; création vidéo : Sébastien Fernandez ; scénographie, costumes : Charly Kleinermann, Thibaut De Coster ; création lumière : Jérôme Dejean ; direction musicale, composition :François Sauveur ; création sonore, composition :Pierre Constant ; coproduction Théâtre de Poche (Bruxelles), Cie Belle de Nuit ; soutien :Tournées Art et Vie, Arts de la Scène de la Province de Hainaut ; photo©Lara Herbinia.
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