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La mort de Jean-Pierre Vincent

par Gilles Costaz

Un demi-siècle de grandes mises en scène

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L’un des plus importants metteurs en scène français vient de mourir : Jean-Pierre Vincent, décédé à l’âge de 78 ans, victime du covid-19. Rien que la liste des établissements qu’il a dirigés au cours de sa carrière donne la dimension de ce qu’il a représenté dans le paysage théâtral français : il a été directeur du Théâtre national de Strasbourg de 1975 à 1983, administrateur général de la Comédie-Française de 1983 à 1986 et directeur de Nanterre-Amandiers de 1990 à 2001. Mais, au départ, il y a le Groupe théâtral du lycée Louis-le-Grand, à Paris, où deux très jeunes gens s’affirment : Jean-Pierre Vincent et Patrice Chéreau, qui resteront amis toute leur vie. Plutôt brechtien, Vincent crée sa troupe, s’entourant de personnalités comme Jean Jourdheuil, puis plus tard André Engel, impose un style radical qui, ouvert à la réflexion politique et aux esthétiques européennes, démode le classicisme dominant de l’époque. Sa femme, la grande comédienne Hélène Vincent, le peintre-scénographe Jean-Pierre Chambas et le dramaturge Bernard Chartreux sont de l’aventure et y joueront des rôles importants. Infatigable, Vincent va poursuivre une activité créatrice qui aura duré 60 ans (de 1959 à 2019). Il appartenait au petit nombre de ces artistes qui, surdoués, n’ont jamais raté une mise en scène.
Un inoubliable Mariage de Figaro
A la tête du TNS, il révise et re-lit les classiques, comme Le Misanthrope ou les Shakespeare traduits par Jean-Michel Déprats ; il s’affirme comme l’un des pionniers du théâtre documentaire, avec la mise au théâtre de comptes rendus de tribunaux, Le Palais de justice. Au Français, il n’obtient pas une entente parfaite avec les acteurs mais il y monte des spectacles marquants comme Félicité de Jean Audureau, Le Suicidé de Nicolas Erdman (plus tard, il reviendra présenter un très beau Léo Burckart de Nerval). Avant de reprendre la responsabilité d’une grosse structure, il a le temps de mettre en scène un Mariage de Figaro mémorable, joué notamment par André Marcon, Dominique Blanc, Didier Sandre, Denise Chalem, à Chaillot : un miracle d’équilibre entre le brio des sentiments et l’éclat sombre de la comédie sociale. Puis, à Nanterre, il donne à voir des spectacles à la fois exigeants et populaires, comme Les Fourberies de Sapin avec Daniel Auteuil (d’abord créé à Avignon) et un cycle Musset auquel participent Auteuil et Emmanuelle Béart. Et se confronte au théâtre d’Edward Bond (Pièces de guerre).
Redevenu indépendant, ayant constitué sa compagnie Studio libre, il exhume des textes oubliés (Benserade), s’intéresse au théâtre de Jean-Luc Lagarce, revient à l’un de ses domaines favoris, la tragédie grecque - son dernier grand spectacle sera, à Avignon, L’Orestie jouée par de jeunes comédiens sortant de l’école du TNS. La maladie l’aura empêché de monter Antigone qui était prévue au TNS cette saison. Parmi les metteurs en scène contemporains, Jean-Pierre Vincent était un personnage tout à fait ouvert, passionné par les jeunes générations (il fit beaucoup pour Stanislas Nordey qui le remplace actuellement à la tête du TNS), accueillant, actif à tous les échelons : la formation, le débat politique, l’action culturelle et les relations du théâtre avec les milieux scolaires et universitaires, la défense de la profession… Fasciné par la culture germanique, travaillant à l’allemande (il avait un dramaturge, Chartreux, et n’attaquait pas ses répétitions sans disposer d’un énorme dossier historique), il ne fut pas fermé aux autres inspirations et aux écritures françaises comme celles de Jean-Claude Grumberg, Rezvani, Fatima Gallaire ou Bruno Bayen. Jamais fossilisé dans un répertoire ou une fonction, il allait, avec une belle souplesse, une ample curiosité, d’un univers à l’autre, d’une activité à l’autre. On l’interviewait facilement, et ses propos étaient toujours passionnants. Notre rédaction, qui comprend Dominique Darzacq - laquelle avait réalisé avec Vincent un ouvrage et la série d’entretiens télévisés Mémoires du théâtre -, adresse ses plus vives condoléances à son épouse, Nicole Taché, sa famille et à ses proches.

Photo Artscena.

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1 Message

  • la disparition de Jean-Pierre Vicent 6 novembre 16:08, par Alain Pinel

    J’ai croisé le regard de Jean-Pierre de nombreuses fois, toujours avec le même plaisir pour le sourire qui l’accompagnait. A Chaillot , à Avignon, à la Comédie Française, à Bordeaux ou il était en tournée...chaque fois son amitié fidèle m’a touché.
    Je suis un technicien, régisseur général puis directeur technique, Jean-Pierre a toujours été très près des personnels de notre profession. son propos allait bien au delà du quotidien, et en cela, il poussait son entourage à réfléchir sur le sens même de notre métier. C’est grâce à lui et des personnes comme Antoine Vitez qui lui était proche que je suis resté si attaché à la démarche théâtrale, si près des acteurs, des créateurs... Le spectacle Vivant tiens la route grâce à des gens comme lui, dérangeur permanent des sentiers trop bien balisés. Merçi mon Ami, tu va nous manquer.

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