La mort de Catherine Samie

La pétillance et la profondeur

La mort de Catherine Samie

L’une des grandes figures de la Comédie-Française vient de nous quitter. Née à Paris en 1933, elle est morte dans la même ville le 11 janvier de cette année. Elle était entrée à la Comédie-Française en 1956, n’avait jamais quitté le premier théâtre national, en était devenue « le doyen » en 1989, avait obtenu de partir à la retraite en 2007 mais était revenue jouer en 2012 pour interpréter Ase dans un spectacle du Français hors les murs, le Peer Gynt d’Ibsen qui occupait avec éclat l’une des vastes salles du Grand Palais.
L’administrateur du Français, Clément Hervieu-Léger, vient de lui rendre hommage : « Nous nous souviendrons avec émotion de son regard bleu à l’œil rieur, si acéré et pourtant toujours un peu lointain. Nous nous souviendronsde sa voix inimitable et de sa diction parfaite. Nous nous souviendrons de ses bras grands ouverts etde ses mains tendues vers l’avant, comme si elle embrassait en un même élan nous tous, notre avenir et nos fantômes. Nous nous souviendrons du rire de la Môme Crevette, des émois amoureux de Bélise, des larmes de Jocaste et de la mort de Ase … »
En effet, Catherine Samie a su affronter et porter les rôles les plus divers, son physique évoluant d’une beauté pétillante jusqu’à la grandeur tragique. Dans la dernière partie de sa carrière, elle jouera de façon marquante une adaptation de La Dernière Lettre de Vassili Grossman en 2005 (un film en fut tiré, qui restera comme l’un des plus beaux impressionnants témoignages du talent de l’actrice) et Oh les beaux jours de Beckett en 2012, à chaque fois sous la direction de l’Américain Frederick Wiseman. Pourtant, elle fut pendant des années la plus endiablée des servantes de Molière. Il y avait en elle un sens acéré du jeu et de la voix qui lui permit ce jeu à double face et accentua cette dualité – l’appétit de la comédie et le sentiment de la tragédie. Le cinéma profita peu de ses dons, un peu quand même, comme dans le cas de Gazon maudit de Josyane Balasko.
C’était un vif plaisir de la rencontrer et de profiter de cette intelligence simple et profonde des textes et la vie théâtrale. Sa disparition est celle d’une étoile dans un ciel où l’on applaudit, une larme à l’œil, les héroïnes et les héros du théâtre que l’on croyait immortels et qui demeurent, avec évidence, des mythes auxquels on se réfèrera longtemps. Sa fille, Céline Samie, fit longtemps partie de la Comédie-Française et c’est à elle que l’on pense aussi au moment où se ferme ce chapitre si riche qu’il ne peut être clos.

Photo Unifrance.

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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