Gala Bizet à Radio France le 2 juillet
La malle aux trésors de Bizet
L’Orchestre national de France consacre un concert à Bizet, l’auteur des Pêcheurs de perles et de ce joyau qu’est la Symphonie en ut.
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- 4 juillet 2025
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LEONARD BERNSTEIN ÉPROUVAIT COMME UNE PASSION pour l’Ouverture de Raymond d’Ambroise Thomas, qu’il inscrivait volontiers au programme de ses concerts. Cet enthousiasme n’a pas survécu à la mort de Lenny, mais d’autres opéras d’Ambroise Thomas, depuis quelques années, connaissent un regain d’intérêt : on a pu voir Hamlet à l’Opéra-Comique et à l’Opéra, Psyché a fait l’objet d’un enregistrement à l’initiative du Palazzetto Bru Zane, et c’est l’ouverture de Mignon qui vient d’ouvrir un concert donné par l’Orchestre national de France à l’occasion des 150 ans de la mort de Bizet, en collaboration également avec le Palazzetto.
Le rapport entre Thomas et Bizet ? Une chanteuse : Célestine Galli-Marié, qui fut la première Mignon en 1866 puis, neuf ans plus tard, la première Carmen – à l’Opéra-Comique dans les deux cas. On ne criera pas au génie après avoir écouté l’Ouverture de Mignon, mais cette page vaut mieux que le bon mot colporté par Chabrier : « Je ne connais que trois sortes de musique : la bonne, la mauvaise et celle de M. Ambroise Thomas. » Solo de clarinette, solo de flûte, solo de harpe, solo de cor, développement en forme de polonaise ; voilà une ouverture enlevée, à l’écriture soignée, qui donnerait presque envie de citer cette autre formule, cette fois de Cocteau : « Le talent fait ce qu’il veut, le génie ce qu’il peut. »
On passe aux choses sérieuses avec les extraits des Pêcheurs de perles (créés en 1863) chantés par John Osborn et Alexandre Duhamel. Si les opéras en version de concert ont leurs incontestables vertus, il est toujours délicat pour un chanteur de caractériser un personnage à la faveur d’un air isolé, que rien ne prépare, sauf le récitatif qui le précède. Les deux artistes s’en sortent avec bonheur : même s’il manque un peu de volume et d’éclat, John Osborn* maîtrise la technique de la voix mixte dans la sublime romance de Nadir (« Je crois entendre encore ») dont il chante la coda apocryphe, là où Bizet a prévu une fin flottante, inaboutie. Ses qualités sont aussi manifestes dans la cavatine de Don Carlos « Je l’ai vue », mais l’opéra de Verdi (créé à Paris en 1867) souffre plus que celui de Bizet de ce morcellement, et le duo « Dieu, tu semas dans nos âmes » donne une impression d’emphase un peu amollie après la vigueur et l’élan d’« Au fond du temple saint ». Alexandre Duhamel met beaucoup d’humanité dans sa voix grave sans noirceur, et trouve plus vite ses deux personnages (Zurga et Rodrigue) dans les airs tourmentés « L’orage s’est calmé » et « Carlos, écoute ».
Une symphonie au théâtre
Bertrand de Billy accompagne les deux chanteurs avec attention, met en valeur le cor anglais des Pêcheurs de perles, mais le cimbasso (espèce de trombone contrebasse muni de palettes) voulu par Verdi est un instrument impressionnant qu’on voit plus qu’on l’entend à la faveur de ces quelques extraits.
Dans la seconde partie du concert, Bertrand de Billy ne retient plus ses musiciens : l’Orchestre national est à la fête dans la Symphonie en ut de Bizet, œuvre d’un adolescent qui ne prit pas la peine de faire entendre sa partition (elle n’a été créée qu’en 1935), la considérant comme un simple exercice de style alors qu’elle a tout d’un jaillissement mélodique et rythmique continu, plein de feu et d’allégresse, de théâtre aussi, comme le souligne Gilles Saint-Arroman dans le programme de salle : « motifs de fanfare, appels de cor, oppositions de pupitres, adagio orientalisant », etc. On goûte les timbres du National (le cor solo, le hautbois du mouvement lent), mais on aimerait un peu plus de nuances de la part de Bertrand de Billy. Si cette œuvre a quelque chose de Beethoven et de Mendelssohn, même si elle existe évidemment en elle-même (Chabrier n’aurait pas eu de mot cruel pour elle !), on aurait aimé entendre un peu plus le second. Avec le même Orchestre national, en 2013, au Théâtre des Champs-Élysées, Christian Zacharias avait atteint dans la même symphonie une espèce de grâce.
* John Osborn chantera le rôle-titre de l’opéra Benvenuto Cellini de Berlioz en janvier et février prochain à la Monnaie de Bruxelles.
Illustration : affiche des Pêcheurs de perles (Gallica/dr)
Ambroise Thomas : Mignon, ouverture - Bizet : airs et duo extraits des Pêcheurs de perles - Verdi : airs et duo extraits de Don Carlos - Bizet : Symphonie en ut. John Osborn, ténor ; Alexandre Duhamel, baryton ; Orchestre national de France, dir. Bertrand de Billy. Auditorium de la Maison de la radio et de la musique, 2 juillet 2025.



