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Critiques / Théâtre

La jeune fille et la mort

par Stéphane Bugat

Souffrance prégnante

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Ce pays d’Amérique Latine se redresse péniblement d’une longue période de dictature militaire. Le nouveau pouvoir démocratique tangue entre deux nécessités : il lui faut rendre justice aux victimes du précédent régime sans pour autant s’en prendre trop directement à l’armée et aux puissances économiques. Ce soir-là, Gérardo, un avocat défenseur des droits de l’homme, rentre chez lui pour annoncer à sa femme, Paulina, qu’il vient d’être nommé à la commission qui aura pour mission de faire le jour sur les agissements des tortionnaires. Une formidable promotion qui lui laisse entrevoir un futur poste de ministre de la Justice.
Mais aussi, un sujet particulièrement sensible pour le couple puisque Paulina, elle aussi soumise à la torture, ne s’en est jamais vraiment remise. Or, cet homme que son mari invite inopinément, ce docteur Miranda qui l’a fort aimablement secouru alors qu’il était en panne de voiture, elle le reconnaît immédiatement : c’est lui qui supervisait les souffrances qui lui furent infligées et il ne fut pas le dernier à abuser d’elle. En dépit des protestations légalistes de son mari, Paulina décide alors de faire avouer Miranda.

Une sorte de virulente scène de ménage

Si ce n’est le titre éponyme, ce résumé vous aura probablement rappelé le scénario du film que Roman Polanski a tiré de la pièce du Chilien Ariel Dorfman. La comparaison est toujours aléatoire pour le théâtre qui, s’il a ses propres atouts, n’a pas les moyens du cinéma. En l’occurrence, l’intérêt de la pièce reposant à la fois sur l’arrière plan politique et sur sa dimension suspense psychologique, la force du théâtre consistait probablement à mettre en exergue l’intensité palpable du drame. Ce qui demande une mise en scène maîtrisée et une interprétation dense. Avec Gérard Malabat et ses interprètes, on est loin du compte. On a même le sentiment qu’il a traité ce drame intime comme une sorte de virulente scène de ménage. Contre-sens souligné par la prestation de Mireille Coffrant, sur les épaules de laquelle repose l’essentiel de l’intrigue. Elle a en effet par trop tendance à transformer en hystérie la souffrance intérieure de Paulina. La bonne volonté manifeste des comédiens n’excuse pas tout. En l’occurrence, elle n’est pas suffisante pour les hausser au niveau de l’intérêt politique et humain de la pièce. Raison de plus pour souligner la manière dont Vincent Violette parvient, lui, à laisser entrevoir la perversité mais aussi les ambiguïtés du trouble docteur Miranda.

La Jeune fille et la mort, d’Ariel Dorfman, texte français de Gabriel Auer, mise en scène Gérard Malabat, avec Mireille Coffrant, Pascal Germain et Vincent Violette. Sudden Théâtre, jusqu’au 17 avril. Tél : 01 42 62 35 00

Photo : Amaury Da Cunha

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