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Critiques / Théâtre

La Maison d’os de Roland Dubillard

par Corinne Denailles

Avec le temps, va...

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Quand on évoque le nom de Dubillard on pense toujours à ses drolatiques Diablogues et on connaît moins bien le reste de l’œuvre. En 2004, Jean-Michel Ribes avait eu l’heureuse idée de proposer un festival Dubillard afin de le faire mieux connaître. C’est encore au théâtre du Rond-point qu’elle nous invite à découvrir cette Maison d’os, pièce métaphysique qui aborde des questions existentielles avec l’élégance d’un humour totalement décalé dans une ambiance fantasmatique d’outre-tombe. Armé du pouvoir des mots et du rire, Dubillard affronte toutes ces peurs universellement partagées, la mémoire qui s’en va, le temps qui passe, la mort.

Anne-Laure Liégeois, qui cosigne la scénographie avec Yves Bernard, a su traduire l’ambiance délétère de cette pièce étrange, inquiétante et pourtant cocasse, qui nous fait rire de l’absurdité de notre condition. Le grand escalier monumental et grisâtre qui occupe la presque totalité du grand plateau baigne dans un halo de lumière irréelle (Dominique Borrini). Conduit-il dans l’antre d’un magicien, d’un sorcier, au royaume de Dieu ou chez un pauvre vieillard solitaire qu’on croit entendre marcher et s’affairer dans un improbable grenier ? Sur les côtés sont suggérés de hauts corridors déserts qui résonnent de bruits indéfinissables. Les sons réverbérés (François Leymarie) suggèrent des fuites, des écroulements matérialisés par des plafonds qui s’effondrent dans des nuages de poussière, la pluie qui s’invite. Au pied de l’escalier, le petit monde de la valetaille s’affaire, joyeux. Cette escouade de domestiques est au service d’un maître qui apparaît tout à coup au sommet de l’escalier, tel un roi déchu et fatigué quelque peu shakespearien dans son grand manteau qui couvre une longue chemise blanche. On l’appelle Monsieur mais on se moque de lui avec insolence. Pierre Richard est parfait de candeur touchante, il est fondamentalement poétique, la tête ailleurs. Le maître est seul au monde depuis la disparition de sa femme (figurée par une bûche qu’il serre contre son coeur) face à des questions obsessionnelles (comment faire pour se voir de l’extérieur, d’en haut ?), perdu dans cette sombre demeure abandonnée condamnée à la ruine, métaphore de son propre corps déserté par les forces vives qui l’animaient autrefois. Ça et là, on reconnaît les attributs de motifs baroques tels les horloges, les animaux empaillés, le crâne, qui évoque le Yorik d’Hamlet, autant de références aux vanités pour évoquer la fuite du temps.

Anne-Laure Liégeois signe une mise en scène funambulesque servie par des acteurs formidables qu’il faut saluer : Sharif Andoura, Sébastien Bravard, Olivier Dutilloy, Agnès Pontier, Pierre Richard ainsi que les 30 acteurs amateurs qui les accompagnent. Elle a subtilement combiné les mouvements contraires d’un texte qui conjugue langage poétique et familier, absurdité des situations et des répliques, et gravité du propos, le tout pulvérisé par le rire vengeur de Dubillard, jongleur de mots qui triomphe de la mort par la verve de sa plume.

La Maison d’os de Roland Dubillard. Mise en scène Anne-Laure Liégeois ; scénographie, Anne-Laure Liégeois et Yves Bernard. Lumières, Dominique Borrini ; son, François Leymarie. Avec Sharif Andoura, Sébastien Bravard, Olivier Dutilloy, Agnès Pontier, Pierre Richard et 30 comédiens amateurs. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 11 mai à 20h30, dimanche 15h. Rés. 01 44 95 98 21. Durée : 2h10.

www.theatredurondpoint.fr

©Christophe Raynaud de Lage

Tournée

14-15 mai : Scène nationale de Cavaillon.

17-18 mai : Théâtre communautaire d’Antibes.

21-23 mai : Nouveau théâtre d’Angers/CDN des Pays de la Loire.

25 mai : Le Carré, scène nationale/Château-Gontier.

28-29 mai : La Comète/Scène nationale de Châlons-en-Champagne.

8-19 juin : Théâtre des Célestins/Lyon.

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