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Critiques / Théâtre

La Légende du Saint Buveur de Joseph Roth

par Gilles Costaz

Divine invresse

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Un « saint buveur » ! Il fallait la fantaisie désespérée de l’écrivain autrichien Joseph Roth pour se servir de sa propre vie et de son propre malheur dans une longue nouvelle , La Légende du Saint Buveur , qui fut publiée après sa mort. Comme son personnage, il lutta contre la misère à Paris où il s’était exilé, fuyant les persécutions des nazis. Le grand auteur de La Marche de Radetzky mourut comme un malheureux dans la capitale française, miné par l’alcool. Son personnage, Andréas, dit le « saint buveur », reçoit miraculeusement un peu d’argent. Ces billets, trouvés dans un portefeuille oublié, viennent, pour lui, du Ciel et, comme d’autres billets arrivent en d’autres occasions, il se promet de rendre une somme globale de 200 francs à sainte Thérèse. Mais, à chaque fois que la providence, lui fournit un petit pécule, il va le dépenser au troquet. Sainte Thérèse ne verra jamais cet argent… L’ivresse est trop divine.
Christophe Malavoy, comme pas mal d’acteurs, fait un retour en solitaire. Avec un bon texte, on peut faire un spectacle miniature qui rencontrera son public, quand on est un acteur connu. L’histoire est belle en effet. Mais le comédien l’aborde de façon peu inattendue. Dans un costume froissé, le nez rougi, un galurin sur la tête, il a quelque chose de Chaplin et de tous les clowns qui ont joué l’ivresse. Le décor est sobre (une table, une chaise, une sorte de barque), les lumières grises (on aurait aimé plus de clarté). L’impression première est que le spectacle va manquer d’imagination. Malavoy a intégré des chansons (presque toutes de Léo Ferré ou mises en musique par lui : Pauvre Rutebeuf, Avec le temps, Le Pont Mirabeau) et des solos de trompette (Orfeu negro) où il se révèle un bon musicien. Tout cela a son charme mais semble d’un classicisme trop attendu. Peu à peu, pourtant, l’interprétation douce et mélancolique de Christophe Malavoy, qui respecte la troisième personne du texte (il n’utilise pas le je, il se place entre la narration et l’illustration), finit par nous prendre à la gorge. Son talent opère sur la lenteur du jeu et une humanité de plus en plus poignante. De cette plongée dans la noire bohème des temps modernes on sort l’esprit aimant.

La Légende du Saint Buveur d’après Joseph Roth, adaptation et mise en scène de Christophe Malavoy assisté de Catherine Pello, scénographie de Francis Guerrier, costumes de Nadia Menn, lumières de Maurice Giraud, avec Christophe Malavoy.

Petit Montparnasse, 19 h, tél. : 01 43 22 77 74. (Durée : 1 h 20).

Photo J. Stey.

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