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Critiques / Opéra & Classique

La Guerre et la paix

par Caroline Alexander

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C’est la deuxième reprise de l’une des plus belles réussites de l’Opéra National de Paris durant le règne de son précédent directeur Hugues Gall. Et, malgré quelques changements de distribution et de chef d’orchestre, les quatre heures de musique de cette œuvre fleuve restent un vrai plaisir. À la création en 2000, le fougueux Gary Bertini, qui vient de s’éteindre à l’âge de 77 ans, menait à la victoire les quelque 200 musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Aujourd’hui, Vladimir Jurowski, un jeune chef russe qui a le vent en poupe et qui connaît bien la phalange parisienne, lui succède et relève le défi avec un sens aigu de la répartition des blocs instrumentaux. Un sens qui se révèle et s’emballe surtout dans la deuxième partie du spectacle, celui du déferlement de la guerre, de la déroute de Napoléon et de ses hommes. Les canons tonnent, la mort rôde et le souvenir des jours de paix revient en boucles valsées.

Cascades de décors et d’effets scéniques

L’œuvre elle-même est celle de la démesure et s’il ne s’agissait pas d’une commande de Staline à un Prokofiev repenti des audaces de ses jeunes années, on la qualifierait d’hollywoodienne, avec ses cascades de décors et d’effets scéniques, ses soixante-seize personnages, dont quarante-cinq solistes, ses légions de choristes, ses danseurs et ses figurants. De la superproduction patriotique directement calquée sur le grand pavé de Tolstoï avec ses amours contrariées, ses familles qui en temps de paix se font des guéguerres de clan avant de se rassembler pour partir en vraie guerre contre l’impérial envahisseur français. Francesca Zambello, metteur en scène américaine qui fit souffler le chaud et le froid à l’Opéra de Paris avec des productions en dents-de-scie, signe ici une réalisation qui, en cinq ans d’âge, n’a pas pris une ride. De « l’opérascope » fluide, mené à grands traits dans les décors de John Macfarlane, les costumes garantis d’époque de Nicky Gillibrand et les savants jeux de lumière incendiés par Dominique Bruguière.

Le problème avec les reprises, souvent mises en place par des adjoints du metteur en scène en titre, tient au fait que, obéissant aux grandes lignes, ils en négligent les détails : notamment celui de la direction d’acteurs. A l’exception d’Olga Guryakova qui reprend avec une belle intensité son personnage de Natacha et du beau ténor Bo Skovhus en prince Andrei nouveau venu, les autres solistes, pratiquement tous russes et tous excellents, semblent parfois à l’abandon, chantant sagement face au public. Mais dans l’immense brassage de cette fresque bien plus épique que psychologique, ce détail perd de son importance. Le plaisir reste dans l’excès.

La Guerre et la paix, de Serguei Prokofiev, d’après Léon Tolstoï, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Vladimir Jurowski, mise en scène Francesca Zambello, décors John Macfarlane, costumes Nicky Gillibrand, chorégraphie Denni Sayers, lumières Dominique Bruguière, avec, dans les rôles principaux, Olga Guryakova, Larisa Kostyuk, Felicity Palmer, Susanna Poretski, Elena Zaremba, Bo Skovhus, Nikilai Gassiev, Vassili Gerello, Vsevolod Grivnov... Opéra Bastille, les 14,17,21,24,26,30 mars, 3,6,8 avril à 19h. Tél. : 08 92 89 90 90.

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