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Critiques / Opéra & Classique

La Gioconda, d’Amilcare Pondichielli

par Caroline Alexander

Résurrection réussie d’une héroïne oubliée

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Il fut vraiment le mal aimé de la musique italienne ce pauvre Pondichielli (1834-1886), dont le seul nom provoque un rictus moqueur sur les lèvres de ses compatriotes mélomanes ou musiciens. Des dix opéras qu’il composa de 1856 à 1885 seule La Gioconda a survécu à l’épreuve du temps, grâce, entre autres, au livret d’Arrigo Boito. Mais aussi à une musique dont on pourrait dire, tout bêtement, qu’elle est agréable à écouter. Ce qui n’est pas forcément flatteur, mais rassure. Si, à ces a priori, on ajoute la nécessite de réunir un plateau de haut vol avec une demi-douzaine de premiers rôles, un chœur d’envergure, un ballet et un ensemble orchestral étoffé on comprend que le mélodrame de la valeureuse chanteuse des rues, amoureuse et martyre, occupe rarement les scènes de nos maisons d’opéra. Aussi bizarre que cela puisse paraître, elle n’a jamais été représentée à Paris ! Rouen l’afficha en 1895, Orange pour ses Chorégies de 1983 et Montpellier en 1986 dans une mise en scène de Nicolas Joël , trois productions pour boucler son tour de France. Bruxelles l’afficha dès 1887, ce fut son unique apparition en terrain belge.

Chassés-croisés amoureux

Coup de chapeau donc à Jean-Louis Grinda, patron depuis dix ans de l’Opéra Royal de Wallonie - qu’il quittera à la fin de la saison prochaine pour prendre la direction de l’Opéra de Monte Carlo - d’avoir mis à profit ses talents de metteur en scène pour nous offrir une Gioconda aux couleurs de Venise comme si on y était. Un premier degré de sage poésie dans des décors d’Eric Chevalier et Nicolas de Lajartre qui ne sacrifient à aucune ellipse et nous transportent fidèlement sur tous les lieux du drame : place de Venise picturale et son carnaval en technicolor, port embrumé, palais ducal, intérieurs princiers, extérieurs enneigés, tout y est. Les costumes de Jean-Pierre Capeyron ont des airs cent pour cent d’époque. Les chanteurs ne sont soumis à aucune acrobatie de mise en place, l’ensemble est sans risque, finement mené et souvent très beau. Tous les ingrédients de l’intrigue avec la toute puissante Inquisition en toile de fond, ses chassés-croisés amoureux, ses foules vengeresses, ses trahisons et ses poisons y trouvent leur place naturelle.

Une ovation debout

A la tête de l’Orchestre de l’ORW (Opéra Royal de Wallonie) le jeune chef israélien Rani Calderon fait étinceler les pupitres. On l’avait récemment entendu à Bruxelles où il dirigeait Le Voyage à Reims de Rossini avec la même flamme, la même autorité et la même précision. De cette musique qui ressemble à toutes les musiques de son temps, sans jamais se trouver une identité propre, il rend tangibles et met en scène avec humour les souffles des Donizetti, Rossini, Verdi et même Wagner que Ponchielli dirigea en tant que chef d’orchestre, tandis que certains passages comme l’affrontement de Laura et d’Alvise annoncent les accents du vérisme à venir. Puccini, fut, il est vrai l’élève de Ponchielli... Seul rescapée de ce pot-pourri involontaire la fameuse Danse des Heures, ballet traditionnel dans l’esthétique de l’époque dont les airs chaloupés sont dans toutes les oreilles. Visiblement Rani Calderon a conquis à la fois l’orchestre, qui rêve paraît-il de l’avoir comme directeur musical en résidence, et le public liégeois qui lui a fait une ovation debout.
Les solistes eurent droit aussi à de belles acclamations : Anna Shafajinskaia, soprano ukrainienne vivant au Canada, rendit au rôle titre toutes les émotions, les couleurs et l’étendue de projection que requiert l’athlétique partition attribuée à la Giocanda. Une basse géorgienne pour Alviso (Paata Burchuladze), une mezzo italienne pour Laura (Lidia Tirendi), un ténor italien pour Enzo (Maurizio Comencini), une mezzo bulgare pour La Cieca (Zlatomira Nikolova), et pour le méchant Barnaba, espion, traître, assassin un Français très attendu et très applaudi : Jean-Philippe Lafont qui a retrouvé ses moyens, timbre cuivré et souffle large, et qui apparemment prend un plaisir extrême à jouer au vilain libidineux.

La Gioconda de Amilcare Ponchielli, livret d’Arrigo Boito (sous le pseudonyme Tobia Gorrio), orchestre, chœurs et maîtrise de l’Opéra Royal de Wallonie, direction Rani Calderon, mise en scène Jean-Louis Grinda, décors Eric Chevalier & Nicolas de Lajartre, costumes Jean-Pierre Capeyron. Avec : Anna Shafajinskaia, Lidia Trendi, Zlatomira Nikolova, Maurizio Comencini, Jean-Philippe Lafont, Paata Burchuladze, Leonard Graus, Guy Gabelle - Théâtre Royal de Liège, les 15,18,20,22 & 24 juin - en coproduction avec l’Opéra de Nice et l’Esplanade-Opéra de Saint Etienne.

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