Accueil > La Dame blanche, de François Adrien Boieldieu

Critiques / Opéra & Classique

La Dame blanche, de François Adrien Boieldieu

par Quentin Laurens

Une Dame blanche dans la brume écossaise

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Véritable succès populaire à sa création il y a près de deux-cents ans -plus de mille représentations !-, la Dame blanche a pourtant rejoint plus tard le registre des opéras en sommeil. Un double-réveil en 1997 et 1999 le montrait de nouveau au public parisien, avant la saison 2020 de l’Opéra Comique. C’est à Pauline Bureau qu’est confiée la tâche de faire revivre l’opéra de Boieldieu, là où il a été créé. En préambule de ce spectacle, en soutien aux contestations sur la réforme des retraites, les équipes techniques ont préféré lire un texte qu’annuler la représentation. Y sont invoqués le confort et « la sécurité des artistes », l’« intérêt général », l’attachement à « la qualité du travail » proposé par la Maison. Annonce bien accueillie par le public, à l’exception de quelques mécontents ici et là...

Il s’est établi dans la région le mythe d’une Dame blanche dont quelques apparitions et commandements entretiennent un mystère auprès des habitants, dont Jenny et Dickson sont les représentants dans cette pièce. Alors qu’ils s’apprêtent à faire baptiser leur fils, ceux-ci donnent l’asile à un soldat britannique errant : Georges Brown. Décidé à voir cette Dame blanche, Brown se rend au château des Avenel, à vendre, que le vil Gaveston compte ravir à la famille. Brown y rencontre la Dame Blanche -Anna déguisée...-, s’enamoure de cette femme qu’il croit avoir déjà vue, puis se retrouve, à la suite d’une vente aux enchères rocambolesque, propriétaire du château. L’histoire se termine par deux découvertes inattendues : Georges Brown est en fait Julien d’Avenel, l’héritier naturel du château et la Dame blanche n’est autre qu’Anna, la fille adoptive des Avenel. Le château finit donc par rester aux mains des Avenel ; Brown et Anna peuvent s’aimer, le village ne craint plus la Dame blanche !

Pauline Bureau donne une lecture sage et très fidèle du livret, en plantant l’intrigue dans les montagnes écossaises. Le premier acte se tient devant l’entrée d’une black house de pierres tachées de mousse, alors qu’au loin se détache, dans le relief et la brume, le château des Avenel. La vidéo occupe toute la partie supérieure de la scène et montre les apparitions d’une dame blanche aux cheveux rouges. Si l’on peut douter de l’apport de celle-ci, regretter son style un brin kitsch, elle a le mérite d’offrir des plans variés acte après acte.

Les costumes d’Alice Touvet finissent de compléter l’ambiance rustique écossaise voulue par la mise en scène : kilts, tartans, robes longues, besaces en peaux de bêtes, et barbes rousses… Georges Brown porte un joli uniforme militaire, Mac-Irton à l’image de son personnage une tunique noire et raide, Jenny une robe d’amples tissus colorés.

C’est au coin du feu, à la lumière d’un grand vitrail brisé dans un grand salon du château des Avenel que le vil Gaveston expose ses intentions d’acheter le lieu, et que la Dame blanche, en haut d’un grand escalier se révèle à Georges Brown, resté la nuit pour l’y attendre. Au milieu des statues de la famille, dans une maison où la Nature a repris ses droits, le troisième acte est celui du dénouement…

Dans cette mise en scène sérieuse et sans prise de risque, Pauline Bureau ne fait donc certes aucun faux pas, ni ne suscite un complet engouement. Le jeu d’acteur est dans l’ensemble naturel, à l’exception des scènes parlées, très compréhensibles mais parfois surjouées.

Dans la fosse, l’Orchestre national d’Île-de-France montre de belles couleurs. Dès l’ouverture -où les accents rossiniens de la partition sont les plus saillants-, la direction de Julien Leroy est fraîche, précise, allante et met joliment en valeur la scène.

Les éléments sont très sollicités, tant comme chœur que comme acteurs. Sur l’un et l’autre tableau, ils sont en réussite, avec beaucoup de précision. L’on peut regretter le choix pendant le premier acte d’isoler la moitié de l’ensemble sur un côté de la scène.

Philippe Talbot fait un Georges Brown attachant, follement amoureux d’Anna, capable de fines passions sincères comme de grivoiseries plus coupables. Si la projection des graves est parfois timide, on retient de sa voix de jolis aigus clairs et souples, un legato justement maîtrisé et une diction excellente, dès le « Quel plaisir d’être soldat » du premier acte. A son côté, Elsa Benoit, pétillante, livre une prestation convaincante et sûre. On goûte ses mediums chauds, son vibrato dense, les couleurs et l’éclat du timbre.

Sophie Marin-Degor chante une Jenny sincère et énergique. La soprano montre un beau volume et un timbre charnu. Son mari, Dickson, chanté par Yann Beuron est plein d’entrain et de candeur attachante. Le ténor fait entendre un timbre riche, une voix puissante bien exploitée, des accents d’autorité de père de famille.

On se plaît rapidement à détester ce Gaveston, hautain, suffisant et arrogant. C’est bien que Jérôme Boutillier réussit sa prestation de « méchant » ! Côté chant, on apprécie les nuances et la projection, mais peut-être manque-t-il quelques accents plus sombres pour mettre en parfaite adéquation « le son et l’image ».

Aude Extrémo dégage beaucoup de sérénité en Marguerite, l’intendante du château des Avenel. Son timbre singulier, sombre et feutré colle au personnage. Mac-Irton, juge et commissaire priseur, en longue veste noire a des allures de Matrix magistrat. Yoann Dubruque assume son rôle avec rigueur, on pourrait toutefois espérer davantage de volume.

Sans ébahir, cette Dame blanche est efficace, tant scéniquement que musicalement. Les choix de Pauline Bureau servent le sens de l’opéra, dont la musique, animée par un bon Julien Leroy et un plateau vocal de qualité, plaît également. L’Opéra Comique confirme le bon début d’une saison prometteuse !

La Dame blanche de François-Adrien Boieldieu
Opéra comique en trois actes, sur un livret d’Eugène Scribe, d’après Walter Scott.
Créé à l’Opéra Comique en 1825

Direction musicale - Julien Leroy

Mise en scène - Pauline Bureau

Décors - Emmanuelle Roy
Costumes - Alice Touvet
Lumières - Jean-Luc Chanonat
Vidéo - Nathalie Cabrol
Magie - Benoît Dattez
Dramaturgie - Benoîte Bureau
Assistante musicale - Emmanuelle Bizien
Collaboratrice artistique - Valérie Nègre
Chef de chant - Christophe Manien
Chef de chœur - Joël Suhubiette

Georges Brown - Philippe Talbot
Anna - Elsa Benoit
Jenny - Sophie Marin-Degor
Gaveston - Jérôme Boutillier
Marguerite - Aude Extrémo
Dickson - Yann Beuron
Mac-Irton - Yoann Dubruque
Un paysan - Matthieu Heim
Gens de justice - Stephan Olry, Vincent Billier, Jean-Baptiste Henriat
Gabriel - Alban Guyon
Comédien - Lionel Codino

Chœur - Les éléments
Orchestre national d’Île-de-France

Production - Opéra Comique
Coproduction - Opéra de Limoges, Opéra de Nice Côte-d’Azur

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.