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Critiques / Opéra & Classique

LAKME de Léo Delibes

par Caroline Alexander

Une Lakmé idéale : Sabine Devieilhe ressuscite l’angélique héroïne de Léo Delibes

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Après vingt ans d’absence l’angélique héroïne de Léo Delibes retrouve la scène de l’Opéra-Comique où elle vit le jour en 1883. En 1995, Natalie Dessay fut à Paris la dernière à lui offrir les aigus virtuoses de son timbre de soprano colorature. Sabine Devieilhe, ravissante Normande de 28 printemps, vient de lui succéder et remporte un triomphe justifié.

« Révélation artiste lyrique » des Victoires de la Musique en février 2013, elle additionne tous les atouts pour incarner la pure fille du brahmane indien éprise d’un officier de l’armée d’occupation britannique. Une présence magnétique dans une silhouette de poupée de porcelaine, le jeu d’une comédienne habitée, une voix cristalline à la fois aérienne, souple et sensuelle. Une Lakmé idéale en quelque sorte.

Le rôle exige cet idéal. Sans lui, impossible de remettre en selle cette monture récalcitrante qui connut pourtant l’un des plus grands succès de l’histoire de l’opéra avec plus de 1600 représentations. Mais les succès ont leur temps, leur mode et… leurs éclipses. Si nos grands-mères et arrières grands-mères pouvaient fredonner de mémoire dans leur cuisine ou dans leur salle de bains, l’air des clochettes ou le duo des fleurs, ces fines mélodies d’amour et d’espérances sont d’un temps daté. En cette fin du XIXème siècle où Lakmé fut créée à l’Opéra-Comique, l’exotisme était à la mode. On y rêvait d’un Orient sorti des imaginaires romanesques d’écrivains à la mode comme Pierre Loti dont Delibes et ses librettistes Edmond Gondinet et Philippe Gille s’inspirèrent sans détour.

Une Inde de conte oriental

Ils nous emportent dans une Inde de conte oriental, aussi naïf qu’un tableau du Douanier Rousseau. C’est le temps des conquêtes territoriales et des colonisations. Les Anglais de l’ère victorienne ont investi Ceylan et ses terres proches : deux cultures qui refusent tout mélange vont s’y affronter en deux symboles. Gerald, jeune officier sorti des rangs des conquérants-occupants va s’éprendre de la jeune Lakmé, fille d’un brahmane vissé dans sa fidélité aux rites ancestraux. Amour fou, amour impossible qui s’achèvera par une mort volontaire en signe de la nécessaire réconciliation des hommes.

Comme autrefois Mado Robin, Lily Pons, Mady Mesplé puis Natalie Dessay, Sabine Devieilhe endosse donc les saris et les vocalises de la douce Lakmé et séduit le public autant que le fringant Gérald, auquel le ténor Frédéric Antoun, à la voix claire et fruitée, apporte l’aisance et l’élégance d’un parfait jeune premier romantique. Après un démarrage un rien hésitant – il s’était fait déclarer soufrant le soir de la première - ses grands airs – « Prendre le dessin d’un bijou », « Je me souviens … ah viens dans la forêt profonde » fusent en lumières. Le couple ouvre les vannes de l’émotion, leurs duos – « D’où viens-tu, que veux-tu », « Là, je pourrai t’entendre », « Ils allaient deux à deux »…- s’envolent comme des prières. Dans le très beau « Viens Mallika… », la mezzo-soprano Elodie Méchain s’accorde à merveille à Sabine Devieilhe. Celle-ci, dans ses airs de bravoure, outre l’incontournable et sublime « par les dieux inspirée… », atteint des sommets impalpables. La délicatesse domine, les suraigus fusent comme des respirations naturelles. La voix n’est pas ample mais elle remplit sans effort l’espace de la salle Favart. Au printemps prochain elle sera la Reine de la Nuit d’une prochaine Flûte Enchantée dans les vastes étendues de l’Opéra Bastille. Un test attendu à passer.

Paul Gay, baryton basse, apporte sa haute stature et ses graves plutôt légers à Nilakhanta, le brahmane, Jean-Sébastien Bou prouve une fois de plus que même dans un rôle secondaire il frôle la perfection, Mario Tassou et Roxane Chalard de l’Académie de l’Opéra-Comique troussent joliment les deux Anglaises de la colonie tandis qu’Hanna Schaer leur compose une very british mistress Bentson, gouvernante de son état.

Le chœur Accentus apporte à la foule une contribution sans défaut.

Dans la fosse François-Xavier Roth et les instrumentistes de l’ensemble Les Siècles sur leurs instruments d’époque ont voulu reconstituer le style et les poses d’origine avec les musiciens face à la scène. La réussite n’est pas complètement au rendez-vous. La vigueur des couleurs musicales en écrase souvent les nuances, leur sécheresse étanche ici et là l’eau vive d’une musique qui ne demanderait qu’à danser.

Lilo Baur signe une mise en scène banale, et, sauf pour le rôle-titre, sans grande direction d’acteurs. Les décors de Caroline Guinet ont manifestement cherché à fuir tout kitsch orientaliste. Une motte de terre brunâtre sert de temple au brahmane durant le premier acte, une quincaillerie-verroterie simule le marché du deuxième. Au troisième, une fort jolie forêt de lianes conclut enfin en beauté la mort de Lakmé.

Lakmé de Léo Delibes (1836-1891) livret d’Edmond Gondinet et Philippe Gille, orchestre Les, Siècles, direction François-Xavier Roth, chœur Accentus, mise en scène Lilo Baur, décors Carline Guinet, costumes Hannah Sjödin, lumières Gilles Gentner, chorégraphie Olia Lydaki. Avec Sabine Devieilhe, Frédéric Antoun, Elodie Méchain, Paul Gay, Jean-Sébastien Bou, Marion Tassou, Roxane Chalard, Hannah Schaer, Antoine Normand, Laurent Deleuil, David Lefort, Jean-Christophe Jacques et les danseuses Mai Ishiwata, Olia Lydaki, Anna Dimitratou .

Opéra-Comique les 10, 14,16, 18 & 20 janvier à 20h – le 12 à 15h.

0825 01 01 230- www.opera-comique.com

Photos Pierre Grosbois

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