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Critiques / Théâtre

L’Importance d’être sérieux d’Oscar Wilde

par Gilles Costaz

Et d’être insolent

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Deux jeunes gens de la gentry londonienne s’inventent une relation imaginaire pour mystifier le monde. Le brillant Algernon s’est inventé un camarade invalide dont il va s’occuper à la campagne. Le non moins séduisant Jack se fait appeler Jack à la campagne et Ernest - l’Ernest qui donne le titre à la pièce, en anglais - à la ville. Avec ces paravents, ils peuvent fuir les importuns, prendre autrui au piège de leur imagination et mener une vie assez contraire à la morale puritaine. Mais ils se font finalement piéger par eux-mêmes. Les deux jeunes filles dont ils sont épris rêvent d’épouser un garçon qui s’appellerait Ernest car, pour elle, ce prénom possède toutes les vertus. Or l’Ernest pour lesquels elles se passionnent est fictif. Comment transformer le mensonge en réalité pour que le mariage espéré soit finalement concrétisé ? Une vieille mère et un pasteur entendent aussi jouer leur rôle dans ce manège des sentiments, des alliances et des attirances.
Le spectacle s’appelle « L’Importance d’être sérieux », mais l’on reconnaîtra une comédie si souvent jouée sous le titre « L’Avantage d’être constant ». Le traducteur, Jean-Marie Besset, a préféré ne pas jouer le jeu de mots (« Earnest » veut dire à la fois Ernest et fidèle) et indiquer l’idée de correction, de bonne éducation. Ce choix n’est pas convaincant mais l’adaptation est parfaite, jusque dans les libertés prises avec le texte original. Des scènes ont été supprimées, et même l’un des trois mariages qui concluent la pièce. Cela donne de la rapidité à un texte qui prenait trop ses temps. Et les formules étincelantes surgissent toujours à tout moment, fort bien traduites.
La mise en scène de Gilbert Désveaux associe habilement le tableau d’époque, avec son élégance rétro, et la subversion de Wilde qui intervient là autant dans les silences et les attitudes que dans les mots. Elle débusque aussi l’homosexualité cachée mais si importante des principaux personnages masculins. Mais Désveaux sert avant tout les cheminements comiques de la pièce et son irrévérence qui pactise avec les conventions pour mieux s’en moquer. Les acteurs trouvent une parfaite transposition des manières anglaises dans un jeu français. Arnaud Denis est d’une force magistrale dans l’élégance maîtrisée. Mathieu Bisson lui oppose adroitement une présence plus fragile, plus secrète. Mathilde Bisson – homonymie de nom, sans parenté avec son partenaire ! – donne une vraie flamme, un éclat qu’on ne voit pas habituellement chez les jeunes filles peintes par Wilde. Claude Aufaure assure la clownerie – discrète, parfaite – de la soirée en étant à la fois la vieille mère et le révérend Chasuble. Il est fort savoureux. Voilà la meilleure représentation française de la pièce depuis la lointaine mise en scène par Jérôme Savary avec Rupert Everett.

L’Importance d’être sérieux
d’Oscar Wilde, adaptation de Jean-Marie Besset, mise en scène de Gilbert Désveaux, collaboration artistique de Régis de Martrin-Donos, scénographie de Gérard Espinoza, costumes d’Alain Blanchot, lumières de Martine André, son de Serge Monségu, avec Arnaud Denis, Mathieu Bisson, Claude Auffaure, Maryline Fontaine, Mathilde Bisson, Matthieu Brion, Margaret Zenou. Théâtre Montparnasse, tél. : 01 43 22 77 74. Texte à « L’Avant-Scène Théâtre ». (Durée : 1 h 45).

Photo Lot

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