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Issue de secours de Fabienne Pascaud et Jean-Michel Ribes

par Gilles Costaz

Ribes, le temps des archives

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Aimez-vous Ribes ? Et si vous êtes parisien, aimez-vous le théâtre du Rond-Point ? L’artiste et son théâtre passionnent et divisent les spectateurs. Mais, après tout, peu importe. Le livre-album Issue de secours, qui a paru cet hiver, arrive comme une réponse à tous les enthousiasmes et à toutes les critiques. Il témoigne, par ses analyses (Fabienne Pascaud) et par ses documents (réunis et fort bien légendés par Ribes lui-même, son équipe et celle d’Actes Sud), que Ribes, c’est une longue aventure artistique et qu’elle occupe une grande place dans la vie du théâtre français. Sur l’auteur de Musée haut Musée bas, il y avait déjà eu un certain nombre d’ouvrages mais celui-là, c’est le bouquin d’archives, l’album de famille, le tiroir retrouvé où dormaient des années de notes griffonnées, d’images et de croquis non classés.
L’histoire commence avec l’adolescence d’un gamin qu’on met en pension et parvient un jour à faire du théâtre. Parmi les camarades de pension, il y a le futur peintre Gérard Garouste, qui sera déjà dans la première troupe de Ribes, la compagnie du Pallium, à laquelle succèdera la compagnie Berto-Ribes (Michel Berto ayant fait équipe avec Ribes). La première mise en scène est de 1966 (Je rêvais peut-être de Pirandello), la première pièce de 1970 (Les Fraises musclées). En 1974 – il a 28 ans -, Ribes occupe déjà le Théâtre de la Ville et obtient un franc succès avec L’Odyssée dans une tasse de thé. Ensuite, si l’on cherche un temps mort, un tempo au rythme lent, on n’en trouve pas. Ribes enchaîne, Ribes accélère. Il y a la rencontre capitale avec Roland Topor, avec qui il écrit Batailles et bien d’autres choses, les collaborations avec Jean-Marie Gourio (Brèves de comptoir), les allers-retours entre théâtre et audiovisuel (télévision et cinéma), la direction du théâtre du Rond-Point prise en 2002 avec le « rire de résistance » comme étendard. Dans l’ancien Palais des glaces des Champs-Elysées, presque tous les combats sont gagnés, notamment ceux de Musée haut Musée bas, les nouvelles mises en scène de Théâtre sans animaux, Batailles et Par-delà les marronniers, Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes, Folie… (Seul le codiv 19 pourra mettre le Rond-Point au lit et en quarantaine. Un vaccin pour le Rond-Point est une nécessité, mais Ribes va le trouver.)
De ce beau livre on tourne les chapitres comme on feuillète les journaux où notre propre mémoire s’émeut d’émotions et de plaisirs que l’on a partagés ou bien que l’on a ignorés mais qu’on sent nôtres. S’encadrent dans la page les grands acteurs disparus (Roland Blanche, Philippe Khorsand, Tonie Marshall), les fidèles d’antan et d’à présent (Annie Grégorio, Pierre Arditi, Alexie Ribes, Chantal Neuwirth, Christian Pereira, Eric Verdin…), les collaborateurs les plus précieux (Garouste, Juliette Chanaud, Reinhardt Wagner, Virginie Ferrère, Hélène Ducharne…). Fabienne Pascaud déroule la chronique des événements et des coups de sang avec une vision qui éclaire la noirceur et la souffrance sous l’esprit de comique et d’absurdité. Les anti-sentences de Ribes et de ses amis éclatent en caractères orange sur le blanc des folios : « Je suis fier d’être détesté par certains et honteux d’être aimé par d’autres ». Ainsi défilent en une splendide revue graphique et littéraire, méticuleuse et chahuteuse, les années Ribes au rire post-atomique.

Issue de secours de Fabienne Pascaud et Jean-Michel Ribes. Conception graphique : Nicolas Hoffmann, Agent M. Editions Actes Sud, 354 pages, 49 euros.

Photo Giovanni Cittadini Cesi : Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes, avec Romain Cottard et Damien Zanoly, Rond-Point, 2017.

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