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Il y a une fille dans mon arbre de Natalie Rafal

par Gilles Costaz

Vivre sa vie dès l’enfance

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Il y a les pièces pour enfants qui content des histoires comme on le fait depuis la nuit des temps. Et il y en a qui, au lieu de se greffer sur une structure légendaire, prennent ou inventent une forme moderne, nous donnent l’impression de naître devant nous, comme si nous-mêmes ou nos proches étions la matière même du spectacle. C’est le cas du théâtre de Natalie Rafal, qui cumule les prix de théâtre pour la jeunesse et qui, après Marie Forte-Cuisse réussit à alléger le poids de l’histoire (et elle-même par la même occasion) – joli titre de 22 syllabes ! -, nous donne Il y a une fille dans mon arbre. On est quelque part en France. Un garçon, Syd, se réjouissait d’être seul dans son arbre mais une fille vient d’y monter. Alors c’est la guerre ou l’amitié ? Chacun a en lui-même des secrets qu’il confierait bien à l’autre. Lui a des parents en Australie ; le hasard de la vie a fait qu’il ne les connaît pas. Elle, Lucile, n’a jamais eu de père (c’est un musicien qui s’est fait la malle : « Je suis un accident », dit-elle) et sa mère est en si mauvais état que, déglinguée morceau après morceau, elle se réduit à un sourire. Ce sourire, ou ce visage souriant, Lucile a pu le sauver et l’emporter avec elle : ce sourire lui parle, c’est un des personnages de la pièce.
Syd a l’idée de creuser un tunnel pour arriver dans le territoire de ses parents, en terre australe. Si on regarde la courbure de la terre, c’est juste en face. Il suffit de creuser ! Au fil des discussions, des fâcheries, des complicités, des associations d’idées et de mots, le projet commun évolue. L’important est de « vivre sa vie » sans attendre, et tout laisse à penser qu’ils la vivront.
Natalie Rafal procède par petites touches qui touchent, glissent ou griffent. L’humour s’en donne à cœur joie, la fantaisie aussi (à cet âge-là, on croit aux dragons). Pourtant, il y a toutes les souffrances de l’enfance. De sa mère, Lucie dit : « J’étais juste sa fille, un bonus ». Phrase terrible ! Cette pièce est un texte subtil qui, en brassant des morceaux de la réalité et des songes, mène l’enfant de l’ombre à la lumière. On pourra voir le spectacle en tournée (Natalie Rafal y joue elle-même l’un des rôles), on peut lire la pièce en livre ; là, elle est ornée d’illustrations délicates de Giulia Vetri. On ne serait pas étonné que cet arbre soit, comme cet écrit théâtral, un charme.

Il y a une fille dans mon arbre de Natalie Rafal, illustrations de Giulia Vetri. Actes Sud Papiers, collection Heyoka Jeunesse, 78 pages, 12 euros.

Photo : Il y a une fille dans mon arbre, avec Roxane Driay et Julian Peres, mise en scène de Cécile Rist.(Spectacle en tournée à partir de janvier).
Photo Chloé Terren.

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